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Plages anglaises sous la menace des rejets d’eaux usées

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Les estivants de Whitstable hésitent désormais à piquer une tête, tant la qualité des eaux suscite l’inquiétude. Un phénomène qui reflète une crise nationale de gestion des infrastructures hydrauliques.

À Whitstable, station balnéaire du sud-est de l’Angleterre, la saison estivale est marquée par un sentiment de défiance. Les habitants et visiteurs scrutent désormais les alertes sanitaires avant de se risquer dans les flots. La raison ? Les déversements répétés d’eaux usées par les compagnies gestionnaires, autorisées à rejeter en mer les surplus du réseau lors des épisodes pluvieux.

Les chiffres officiels confirment l’ampleur du problème. L’an dernier, les rejets d’eaux non traitées ont dépassé les 3,6 millions d’heures à l’échelle nationale, selon les données de l’Agence de l’environnement. Une situation qui alimente la colère des riverains, à l’image de Chris Stanley, octogénaire ayant suspendu pendant quatre ans le paiement de ses factures d’assainissement en signe de protestation.

Le débat dépasse les simples considérations locales. Un rapport récent a souligné les dysfonctionnements structurels du secteur, privatisé en 1989, appelant à une refonte complète du système. Les critiques pointent notamment le manque d’investissements dans des infrastructures vieillissantes, au profit de la distribution de dividendes aux actionnaires.

Sur le terrain, les conséquences sont tangibles. À Tankerton Beach, des familles ignorent souvent que des déversements ont eu lieu la veille, comme en témoigne Lisa Lawton, venue de Londres avec ses enfants. L’association Surfers Against Sewage recense, elle, près de 2 000 signalements de troubles sanitaires liés à la baignade ces dernières années.

Face à cette crise, le gouvernement travailliste a annoncé un durcissement des sanctions et un plan d’investissement de 1,5 milliard de livres. Mais pour des militants comme Elane Heffernan, membre de SOS Whitstable, seule une renationalisation du secteur pourrait apporter une solution durable. Une pétition en ce sens a déjà recueilli plus de 280 000 signatures, preuve d’une mobilisation croissante.

Les entreprises concernées, à l’instar de Southern Water, mettent en avant leurs efforts financiers – près d’un milliard de livres investi en 2024 – tout en reconnaissant l’urgence d’agir. Reste que, selon un audit indépendant, près de 290 milliards de livres seraient nécessaires pour moderniser l’ensemble du réseau dans les vingt-cinq prochaines années. Un défi colossal pour un pays où la confiance dans la qualité des eaux de baignade s’érode chaque été un peu plus.

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