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Mayotte tourne une page avec l’adoption définitive de sa loi de refondation

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Sept mois après le cyclone Chido, l’archipel mahorais voit aboutir un texte législatif ambitieux visant à résorber les inégalités structurelles du territoire.

Les parlementaires ont scellé jeudi l’avenir institutionnel de Mayotte en adoptant définitivement le projet de loi portant sur la refondation du département. Ce vote intervient dans un contexte particulier, marqué par les séquelles du cyclone Chido qui avait frappé l’île en décembre 2024, exacerbant des difficultés déjà criantes. Le texte, validé par le Sénat à une large majorité de 228 voix contre 16, constitue désormais le cadre légal d’une transformation profonde du territoire.

Piloté par le ministère des Outre-mer, ce dispositif législatif déploie une enveloppe de 4 milliards d’euros sur six ans pour moderniser les infrastructures et accélérer la convergence sociale avec l’Hexagone. L’objectif affiché est d’aligner progressivement les prestations sociales mahoraises sur les standards nationaux d’ici 2031, dans un département où 77% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Le gouvernement y voit une avancée majeure pour « l’égalité réelle », selon les termes du ministre en charge du dossier.

Le volet sécuritaire du texte a cependant polarisé les débats. Les dispositions sur le durcissement des conditions de séjour et la lutte contre l’habitat informel – qui concerne un tiers des logements – ont recueilli l’assentiment de la majorité présidentielle et du Rassemblement national. La gauche, en revanche, a dénoncé une approche sécuritaire disproportionnée, certains élus évoquant un « laboratoire législatif » inédit en matière de restrictions migratoires.

Parmi les mesures phares figurent la suppression programmée du visa territorialisé d’ici 2030, une revendication historique des Mahorais qui dénonçaient une forme d’isolement institutionnel. Le texte acte également le lancement d’un recensement exhaustif dès 2025 pour mieux calibrer les dotations publiques, répondant ainsi aux doléances des élus locaux sur la sous-évaluation chronique de la population.

Si l’exécutif qualifie ce texte « d’historique », des voix discordantes pointent des angles morts persistants. Les problématiques d’accès à l’eau potable, de saturation des services de santé ou de transition écologique demeurent en effet en marge du dispositif. Une lacune vivement dénoncée par certains parlementaires mahorais, qui rappellent l’urgence des besoins fondamentaux sur un territoire toujours soumis à des restrictions hydriques récurrentes.

Ce vote clôt une session parlementaire marquée par plusieurs adoptions significatives malgré l’absence de majorité absolue à l’Assemblée. Reste désormais à traduire dans les faits cette ambition législative, alors que Mayotte doit simultanément reconstruire après les intempéries et repenser son modèle de développement.

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