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L’ombre portée d’Ali Larijani sur la diplomatie nucléaire iranienne

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_**Alors que des pourparlers se poursuivent avec les États-Unis, l’influence discrète de l’ancien négociateur, revenu au cœur de l’appareil sécuritaire, s’avère plus déterminante que jamais.**_

Le dialogue engagé entre l’Iran et les États-Unis se poursuit à Genève cette semaine. En l’absence physique d’Ali Larijani, c’est pourtant son ombre qui plane sur les discussions. Reconduit il y a quelques mois à la présidence du Conseil suprême de sécurité nationale, l’organe-clé chargé de la défense et du dossier atomique, ce haut gradé replace ses pas dans ceux qu’il avait lui-même tracés vingt ans plus tôt. Sa récente nomination, intervenue peu après les derniers épisodes de tensions régionales, signale un recentrage pragmatique de la politique étrangère de Téhéran.

Ce vétéran des institutions, âgé de soixante-sept ans, cumule les parcours. Ancien commandant des Gardiens de la révolution durant la guerre contre l’Irak, docteur en philosophie, il a successivement dirigé la radiotélévision d’État, présidé le Parlement et conduit les premières négociations nucléaires au milieu des années 2000. Sa longévité politique et sa connaissance intime des arcanes du pouvoir lui valent d’être considéré comme un rouage essentiel du régime, bénéficiant d’une relation de confiance avec le guide suprême.

Observateurs et diplomates s’accordent à voir en lui l’architecte discret de la stratégie iranienne. Alors que le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, en est le visage public, Ali Larijani orchestre les manœuvres en coulisse. Son agenda récent en témoigne. Après une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine à Moscou fin janvier, il a multiplié les contacts avec des délégations du Golfe, dans un contexte d’apaisement recherché avec Washington.

Son positionnement demeure ancré dans une ligne à la fois idéologique et réaliste. S’il a publiquement soutenu l’accord de 2015, dont le retrait américain a sonné le glas, il réaffirme constamment le droit de son pays à poursuivre l’enrichissement d’uranium à des fins civiles. Dans le même temps, il a mis en garde contre toute escalade qui pourrait précipiter l’Iran vers une option militaire, tout en imputant les troubles sociaux internes à des ingérences étrangères.

Cette dualité reflète sans doute des ambitions personnelles plus vastes. Plusieurs analystes estiment que son retour aux avant-postes sert une vision à long terme, où la présidence de la République constituerait l’ultime étape. Une telle perspective le pousserait à préserver l’équilibre du système tout en maintenant des canaux de dialogue ouverts avec le monde extérieur. Dans le paysage politique iranien, Ali Larijani incarne ainsi cette figure à la fois orthodoxe et pragmatique, dont les décisions silencieuses continuent de façonner l’avenir du programme nucléaire et, par extension, les équilibres géopolitiques de la région.

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