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L’ombre d’une destitution plane sur la présidence péruvienne

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Le Parlement péruvien examine ce mardi la révocation du président par intérim José Jeri, accusé de trafic d’influence, dans un climat de crise politique persistante à quelques semaines d’élections cruciales.

Les députés ont interrompu leurs vacances parlementaires pour se réunir en session extraordinaire. Cette convocation, validée par soixante-dix-huit signatures déposées vendredi, vise à examiner la destitution du chef de l’État par intérim. La procédure, lancée par une coalition hétéroclite allant de la gauche à la droite, invoque une « inconduite fonctionnelle » et un « manque d’aptitude » présumés.

Les accusations trouvent leur source dans deux enquêtes préliminaires ouvertes depuis janvier. La première concerne des soupçons d’ingérence dans des nominations au sein de son gouvernement. La seconde évoque des délits de trafic d’influence et de patronage illégal, liés à une rencontre non officielle avec un homme d’affaires chinois entretenant des relations commerciales avec l’État. José Jeri a fermement rejeté ces allégations lors d’une intervention télévisée, affirmant n’avoir commis aucun délit et détenir toute la légitimité morale nécessaire pour exercer ses fonctions.

Pour être destitué, le président par intérim doit recueillir contre lui une majorité simple des voix du Congrès. En cas de succès de la motion, l’assemblée devra élire un nouveau président du Parlement, qui endosserait automatiquement la charge de chef de l’État par intérim. José Jeri, âgé de trente-neuf ans, occupait la présidence du Congrès avant d’accéder à la magistrature suprême en octobre dernier, suite à la destitution de son prédécesseure Dina Boluarte.

Cette éventualité survient dans un contexte électoral tendu, à moins de deux mois du double scrutin présidentiel et législatif prévu le 12 avril. Certains observateurs estiment que la célérité de la procédure est motivée par des calculs de campagne, certains partis espérant en tirer un bénéfice auprès des électeurs. Le candidat en tête des intentions de vote, Rafael Lopez Aliaga, a d’ailleurs publiquement appelé à la démission de José Jeri, l’accusant d’être un intermédiaire pour des intérêts chinois.

La perspective d’un quatrième changement à la tête de l’État en moins de dix ans suscite des inquiétudes quant à la stabilité institutionnelle. Des analystes soulignent la difficulté de trouver, au sein d’un Parlement souvent critiqué, un successeur disposant d’une légitimité politique incontestable. L’ambassadeur des États-Unis à Lima a d’ailleurs appelé à la stabilité pour garantir la tenue d’élections crédibles, jugeant anormale cette fréquence de renversements.

Après une cote de popularité initiale avoisinant soixante pour cent, largement portée par des mesures contre le crime organisé, l’approbation de José Jeri est retombée à trente-sept pour cent en février. Cette possible destitution s’inscrit dans une dynamique plus large de conflit institutionnel chronique, marquée par un exécutif historiquement fragile face à un législatif puissant, dans un paysage politique profondément fracturé.

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