Monde
L’ombre des clandestines, le dilemme afghan
Dans un Afghanistan où l’interruption volontaire de grossesse constitue un délit, des femmes, acculées par la précarité et les pressions sociales, recourent à des méthodes dangereuses, au péril de leur vie. Leurs récits, recueillis dans la plus stricte confidentialité, dessinent les contours d’une crise sanitaire et humaine silencieuse.
Le parcours de Bahara illustre cette réalité tue. Cette mère de quatre filles, âgée de trente-cinq ans, s’est vue sommée par son époux sans emploi de « trouver une solution » lorsqu’elle a découvert qu’elle attendait un cinquième enfant de sexe féminin. Dans un foyer où subvenir aux besoins essentiels relève déjà du défi, l’arrivée d’une nouvelle bouche à nourrir, sans perspective d’éducation ou de travail futur pour une fille, a scellé son sort. Après avoir essuyé un refus catégorique à l’hôpital, où le personnel médical a invoqué le risque d’emprisonnement, elle a suivi le conseil d’une voisine et ingéré une décoction à base de plantes aux propriétés abortives, acquise pour une somme dérisoire. L’issue a été un sévère épisode hémorragique nécessitant une hospitalisation en urgence et une intervention chirurgicale, la laissant physiquement affaiblie.
Son cas est loin d’être exceptionnel. D’autres femmes, contraintes par des circonstances tout aussi dramatiques, ont recours à des pratiques extrêmes, depuis l’ingestion de médicaments inappropriés jusqu’à des manœuvres physiques traumatisantes. Leur témoignage, obtenu après de longs mois de négociation et sous la garantie d’un anonymat absolu, révèle l’ampleur d’un phénomène souterrain. La crainte de la stigmatisation sociale et des poursuites judiciaires pèse de tout son poids dans une société aux normes très conservatrices, bien au-delà des seuls cercles talibans.
Les autorités sanitaires afghanes minimisent l’étendue du problème. Pourtant, selon plusieurs sources médicales, la reprise du pouvoir par les talibans en 2021 et leur surveillance accrue des établissements de santé ont eu un effet dissuasif sur les pratiques hospitalières, reportant les risques vers la sphère privée. Des professionnels de santé, requérant l’anonymat, observent une augmentation suspecte des cas présentés comme des fausses couches, masquant selon eux des interruptions de grossesse réalisées dans des conditions précaires. Cette évolution intervient dans un contexte où l’accès à la contraception moderne se restreint, en raison de contraintes budgétaires et de la fermeture de nombreux services de planning familial.
La législation, inchangée depuis le retour des talibans, autorise théoriquement l’avortement lorsque la vie de la mère est en danger. Dans les faits, cette exception est rarement appliquée, la doctrine officielle considérant l’acte comme équivalent à un homicide. Cette rigidité place les personnels soignants dans une position intenable, partagés entre le devoir médical et la peur des représailles. Certains acceptent, contre des sommes souvent prohibitives pour des familles démunies, de pratiquer des interventions discrètes. D’autres se réfugient dans un silence complice face à des patientes désespérées se présentant aux urgences.
Les motivations qui poussent ces femmes à prendre de tels risques sont multiples. La pression économique et la préférence marquée pour les naissances masculines dans un pays où les perspectives pour les femmes se sont considérablement amenuisées jouent un rôle central. Pour d’autres, comme Mariam, une jeune femme de vingt-deux ans, une grossesse issue d’une relation hors mariage représente une menace existentielle, pouvant conduire à des violences dites « d’honneur ». Son récit d’un avortement forcé et traumatique réalisé à domicile témoigne de l’extrême vulnérabilité de certaines.
Cette situation contribue à aggraver des indicateurs de santé maternelle déjà parmi les plus préoccupants au monde. L’interdiction récente de former de nouvelles sages-femmes ou infirmières prive en outre le pays de professionnelles essentielles. Dans les couloirs d’un hôpital de Kaboul ou dans le cabinet d’une gynécologue de Nangarhar, un même sentiment d’impuissance et d’amertume prévaut parmi le personnel soignant, conscient de l’ampleur de la détresse mais paralysé par le cadre légal et sécuritaire. Le dilemme afghan se résume ainsi à un choix impossible, où la recherche d’une issue se paie au prix fort, souvent dans l’ombre et la solitude.
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