Monde
L’exode des forces vives, pilier fragile de l’économie népalaise
Le pays, l’un des plus pauvres d’Asie du Sud, voit une part croissante de sa population active s’expatrier pour survivre, soutenant de ses revenus une nation structurellement dépendante. Ce système, source de drames humains, est au cœur des enjeux politiques actuels.
Devant l’aéroport de Katmandou, un camion charge une dépouille dans un cercueil de métal. Rudra Bahadur Kami, 43 ans, rentre ainsi au pays après une décennie de labeur en Arabie saoudite. Son fils, âgé de 21 ans, signe les formalités avant un long trajet vers le village familial. Cette scène, qui se répète plusieurs fois par jour, symbolise le destin de millions de Népalais contraints à l’émigration économique. Leur départ massif constitue désormais un pilier essentiel, bien que tragique, de l’économie nationale.
Les statistiques officielles estiment à 2,5 millions le nombre de citoyens travaillant à l’étranger, soit environ 7,5% de la population. Cette proportion atteint des niveaux critiques parmi les jeunes, près d’un quart des 15-24 ans étant inactifs sur le territoire national. L’économie, bien que en reprise, reste fragile avec un produit intérieur brut par habitant parmi les plus bas de la région. Les transferts d’argent des expatriés représentent désormais plus du tiers de cette richesse nationale, une manne financière vitale pour l’État.
Dans des localités comme Madi, au sud du pays, le phénomène a transformé le tissu social. Les maisons neuves, construites grâce aux salaires gagnés dans le Golfe, côtoient des foyers vidés de leurs forces vives. Dipak Magar, 39 ans, achève ainsi la façade de son habitation avant un nouveau départ pour Riyad. « Il faut nourrir la famille et payer l’éducation des enfants », explique-t-il, résigné. Ici, comme dans de nombreuses vallées himalayennes, l’absence de perspectives locales rend l’exil quasi obligatoire.
Ce flux, historiquement ancré depuis l’époque des régiments Gurkhas, s’est intensifié ces dernières années. Le nombre de permis de travail délivrés par les autorités a presque triplé en une décennie. Un réseau complexe d’agences de recrutement, officielles ou informelles, s’est développé pour faciliter ces départs, souvent au prix de frais exorbitants pour des familles déjà précaires. Les promesses contractuelles se heurtent fréquemment à la réalité de conditions de travail difficiles, voire abusives, sur les chantiers ou dans les usines des pays d’accueil.
Les récits de déconvenues et d’exploitation abondent. Sanjib Ghoraisaine, 25 ans, témoigne d’un séjour au Qatar où les conditions promises n’ont pas été respectées, le laissant endetté et désillusionné. Les recours contre ces pratiques restent limités. Les défenseurs des droits pointent un système où la régulation existe sur le papier mais peine à protéger concrètement les travailleurs. Les décès à l’étranger, dont le nombre officiel s’élève à plusieurs milliers sur les dernières années, illustrent les risques encourus.
La dépendance économique est telle que certains observateurs qualifient l’État de « dépendant » à ces transferts de fonds. D’anciens responsables dénoncent un système « corrompu » profitant à des intermédiaires et à des partis politiques, freinant toute réforme en profondeur. La colère d’une partie de la jeunesse, manifestée récemment dans les rues, a conduit à un changement de gouvernement et à la convocation d’élections législatives.
Les candidats rivalisent désormais de promesses pour créer des emplois locaux et améliorer le sort des migrants. Le favori à la direction du gouvernement, l’ancien maire de Katmandou Balendra Shah, place la question au cœur de son programme. Il mise sur le développement de secteurs comme le tourisme ou l’agriculture pour offrir des alternatives. Cependant, il reconnaît l’ampleur de la tâche et la lenteur des changements possibles.
Sur le terrain, le scepticisme demeure. Pour des hommes comme Dipak Magar, les cycles électoraux n’apportent guère d’espoir tangible. Alors que le pays se prépare à voter, une grande partie de ceux qui le font vivre financièrement sera absente des urnes, le vote par correspondance n’étant pas organisé. Leur avenir, et celui d’une nation entière, continue de se jouer loin des sommets enneigés de l’Himalaya, sur des chantiers étrangers.
-
Balaruc-le-VieuxEn Ligne 1 moisBalaruc-le-Vieux : le passé judiciaire d’Aurélien Évangélisti interroge sa candidature
-
FrontignanEn Ligne 1 moisFrontignan : la DGS de la ville était actionnaire du local avant sa vente et sa transformation en mosquée
-
SèteEn Ligne 4 semainesSète : Laura Seguin fait carton plein à son meeting, la dynamique de victoire est lancée
-
SèteEn Ligne 1 moisSète : Pascal Pintre a financé le magazine de Laurent Blondiau avec Blue Invest
-
SèteEn Ligne 3 semainesSète : Sébastien Denaja dévoile ses mesures pour la sécurité et la tranquillité publique
-
SèteEn Ligne 1 moisSète : Sébastien Denaja (PS) présente deux projets structurants pour l’Île de Thau
-
SèteEn Ligne 4 semainesSète : Sébastien Pacull propose de transformer le Casino en pôle santé
-
GigeanEn Ligne 3 semainesGigean : Marcel Stoecklin, à défaut de projet, le soupçon comme programme