Économie
L’exécutif face à un dilemme constitutionnel pour l’adoption du budget
À l’issue de négociations tendues, le gouvernement doit désormais sélectionner l’instrument juridique qui lui permettra de faire aboutir son projet de loi de finances, entre deux mécanismes aux implications politiques distinctes.
Le Premier ministre se trouve confronté à un choix délicat concernant la procédure à employer pour mener à bien l’examen du budget. Après avoir obtenu des assurances de la part des socialistes, qui se sont engagés à ne pas soutenir une motion de censure, la question de la méthode d’adoption reste entière. L’entourage de Matignon a indiqué que la décision finale interviendrait à l’issue des ultimes consultations, notamment avec le Sénat, portant sur des sujets sensibles comme le financement des collectivités territoriales.
La Constitution offre en effet deux voies possibles. La première, l’article 49.3, permet à l’exécutif d’engager sa responsabilité sur le texte, lequel est alors considéré comme adopté sauf si une motion de censure est votée. Son usage est devenu courant lors des derniers exercices budgétaires, mais il reste controversé. La seconde option, l’ordonnance budgétaire prévue à l’article 47, constitue une procédure exceptionnelle et inédite. Elle autoriserait la mise en œuvre du projet initial sans vote parlementaire, tout en dotant le pays d’un cadre financier, même en cas de renversement du gouvernement.
Plusieurs responsables politiques ont exprimé leurs réserves. La présidente de l’Assemblée nationale a rappelé la nécessité de respecter ses engagements, tout en reconnaissant les difficultés de la méthode employée jusqu’ici. Le ministre chargé des Relations avec le Parlement a pour sa part souligné le caractère méconnu de l’ordonnance, tout en pointant l’image défavorable associée au 49.3. Une incertitude juridique persiste quant à la possibilité d’intégrer dans une ordonnance les amendements issus des récentes discussions, ce qui pourrait invalider des mois de travail parlementaire.
Parallèlement, des zones d’ombre subsistent sur le contenu précis du compromis. Les annonces faites la semaine dernière, concernant notamment le pouvoir d’achat des ménages et la restauration universitaire, doivent être complétées par des précisions sur leur financement. L’objectif de maintenir le déficit public sous la barre des cinq pour cent du produit intérieur brut impose des arbitrages complexes. Une piste évoquée repose sur une contribution supplémentaire des grandes entreprises, dont le rendement exact reste à déterminer.
Les réactions des groupes parlementaires illustrent les tensions persistantes. À gauche, le Parti socialiste a conditionné son soutien à une clarification des financements, excluant tout report de la charge sur les contribuables. En revanche, La France insoumise a d’ores et déjà annoncé son intention de déposer une motion de censure, dénonçant un projet qui épargnerait, selon elle, les patrimoines les plus élevés. À droite, certains élus, tout en critiquant la gestion du dossier, estiment qu’il est désormais temps de tourner la page et d’adopter le budget. L’ancien président François Hollande a, quant à lui, publiquement mis en garde contre le recours à l’ordonnance, jugé plus périlleux politiquement que l’usage du 49.3.
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