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Les derniers messagers ailés de l’armée française résistent au temps

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Dans la forteresse du Mont-Valérien, une poignée de militaires perpétuent une tradition séculaire : l’élevage de pigeons voyageurs, ultime vestige d’une époque révolue.

Au cœur de la forteresse du Mont-Valérien, à Suresnes, subsiste une exception historique : le dernier colombier militaire encore en activité en Europe. Ici, près de 200 volatiles, soigneusement entretenus par des soldats du 8e régiment de transmissions, perpétuent une tradition qui remonte aux guerres napoléoniennes. Ces oiseaux, autrefois indispensables aux communications militaires, sont désormais cantonnés à des rôles protocolaires ou sportifs.

Parmi eux, le pigeon numéro 193.529, baptisé en 2017, symbolise ce patrimoine vivant. « Ces animaux auraient pu servir de messagers pendant les deux guerres mondiales », confie un sous-officier spécialisé, dont le grand-père était lui-même colombophile. Aujourd’hui, leur mission se limite aux concours de vitesse et aux cérémonies officielles, loin de leur gloire passée.

L’utilisation des pigeons comme moyen de transmission remonte à l’Antiquité, mais c’est durant la guerre franco-prussienne de 1870 que l’armée française en institutionnalise l’usage. Pendant les conflits mondiaux, ces oiseaux ont sauvé des vies en transportant des messages lorsque les lignes téléphoniques étaient coupées ou les communications radio impossibles. L’un d’eux, Gustav, entra même dans l’Histoire en acheminant le premier message du Débarquement de Normandie en 1944, ce qui lui valut une décoration militaire.

Malgré leur héritage héroïque, les pigeons ont été progressivement remplacés par les technologies modernes. Le dernier colombier opérationnel fut dissous en 1961, après la guerre d’Algérie. Pourtant, pendant des années, l’armée a continué à les entraîner, par crainte d’une attaque électromagnétique paralysant les systèmes de communication. Aujourd’hui, cette éventualité est écartée grâce aux cages de Faraday, qui protègent les équipements sensibles.

Désormais, le colombier du Mont-Valérien sert avant tout de lieu de mémoire. Entre visites pédagogiques, démonstrations et compétitions colombophiles, il maintient vivant un savoir-faire unique, hommage discret au rôle jadis crucial de ces messagers à plumes.

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