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L’engrenage des cités marseillaises, des adolescents piégés par le trafic


À Marseille, des jeunes recrutés pour le trafic de stupéfiants subissent des conditions d’exploitation extrêmes, poussant les autorités judiciaires à requalifier ces faits sous l’angle de la traite des êtres humains, une approche novatrice et controversée.
Des messages de détresse, griffonnés sur des sachets de produits illicites, ont alerté les clients de certains points de vente. Ils révèlent une réalité méconnue, celle d’adolescents retenus contre leur gré et contraints de travailler pour des réseaux de stupéfiants. Les procureurs évoquent désormais une forme d’asservissement contemporain, où la vulnérabilité de ces jeunes est systématiquement exploitée.
Le phénomène, qui a émergé avant la pandémie, concerne des centaines de mineurs. Souvent en rupture familiale, ils sont attirés par des promesses de gains faciles diffusées sur les réseaux sociaux, certains venant même d’autres régions. La réalité sur place est tout autre. Privés de liberté, soumis à des conditions de vie indignes et à des violences physiques et psychologiques, ils deviennent les instruments interchangeables de trafiquants sans scrupules.
Les témoignages recueillis par les enquêteurs décrivent un système implacable. Après leur recrutement, les téléphones sont confisqués, empêchant tout contact avec l’extérieur. Les logements précaires où ils sont hébergés deviennent des lieux de séquestration. La moindre erreur, comme une alerte manquée à l’arrivée des forces de l’ordre, déclenche des représailles brutales, pouvant aller jusqu’à des agressions sexuelles utilisées comme moyen de pression et de terreur.
Face à l’ampleur et à la gravité des faits, le parquet de Marseille a engagé un changement de doctrine. Une dizaine d’enquêtes intègrent désormais le chef de traite des êtres humains, qualification habituellement réservée au proxénétisme ou à la mendicité forcée. Cette requalification juridique, initiée par des magistrats spécialisés, vise à reconnaître la situation de contrainte et d’emprise dans laquelle ces mineurs agissent, plutôt que de les considérer uniquement comme des délinquants.
Cette nouvelle approche, qui progresse également au niveau national suite à des instructions du ministère de la Justice, suscite des débats. Elle cherche à établir un équilibre entre la nécessaire répression des trafics et la protection de jeunes victimes d’un système coercitif. Pour ses partisans, il s’agit de briser un cycle infernal où la violence subie engendre la violence commise, et où la peur des représailles impose une loi du silence.
Les difficultés pratiques restent immenses. L’extraction de ces adolescents du milieu criminel et leur prise en charge nécessitent des dispositifs adaptés et sécurisés, qui font encore défaut. Les professionnels de terrain insistent sur l’urgence de proposer des parcours de sortie, incluant un hébergement éloigné et un accompagnement psychosocial pour les aider à se reconstruire, loin des codes de la rue où les rôles d’agresseur et de victime se confondent souvent.





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