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Culture

Le patrimoine brassicole alsacien face à l’oubli

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La cessation d’activité du site Heineken à Schiltigheim marque un tournant pour cette ancienne cité industrielle, où la préservation d’un héritage architectural unique mobilise élus et citoyens.

À Schiltigheim, commune de la première couronne strasbourgeoise, la page d’une histoire industrielle séculaire semble se tourner. La décision du groupe Heineken de cesser toute production fin 2025 sur le site de l’ancienne brasserie l’Espérance a laissé un vaste terrain en friche et a accentué les inquiétudes quant au devenir du patrimoine local. Cette fermeture, annoncée dès 2022, a entraîné la suppression de plus de deux cents emplois et sonné le glas de la dernière grande unité de production de la ville.

L’événement résonne comme un épilogue douloureux pour une municipalité autrefois surnommée la « cité des brasseurs ». Au cours des dernières décennies, plusieurs enseignes historiques, telles que Fischer, Adelshoffen, Perle ou Schutzenberger, ont progressivement disparu, victimes des restructurations du secteur et de la concurrence internationale. Le paysage urbain conserve cependant la trace de cette époque florissante, avec des bâtiments aux architectures remarquables, dont certains bénéficient d’une protection au titre des monuments historiques.

Ces édifices, qualifiés de « cathédrales industrielles » par les spécialistes, incarnent l’identité profonde de Schiltigheim. Leur transformation ou leur reconversion soulève des enjeux complexes, opposant souvent la volonté de sauvegarde patrimoniale portée par la collectivité aux impératifs économiques des propriétaires fonciers. Les négociations passées, notamment autour des sites Fischer et Adelshoffen, ont montré la difficulté de concilier ces logiques, aboutissant parfois à des compromis ou à des destructions partielles.

Aujourd’hui, l’attention se porte sur deux ensembles majeurs. Le vaste terrain libéré par Heineken, d’une superficie de treize hectares, fait l’objet de discussions préliminaires. Les autorités locales insistent sur la nécessité d’y intégrer des équipements publics, des espaces verts et une dimension économique, au-delà de la seule construction de logements. Parallèlement, le sort du site Schutzenberger, laissé à l’abandon pendant près de vingt ans, connaît une ébauche de projet mêlant habitat, commerces et restauration.

Face à ces mutations, un collectif de citoyens s’est constitué pour défendre une vision plus ambitieuse. Il plaide pour la création, au sein de l’ancienne salle de brassage classée de l’Espérance, d’un lieu culturel dédié à l’histoire et aux savoir-faire de la bière. Cette initiative, présentée comme une « dernière chance », vise à offrir à la région un espace de mémoire et de transmission, à mi-chemin entre le musée et le lieu de vie.

Pour les défenseurs de ce patrimoine, l’enjeu dépasse la simple conservation de pierres. Il s’agit de préserver la mémoire collective d’une ville et de son bassin économique, autrefois animé par une multitude de métiers liés à la brasserie. Le défi consiste désormais à inscrire cette histoire dans l’avenir, en lui donnant une nouvelle utilité et en évitant que ces témoignages architecturaux ne sombrent dans l’indifférence.

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