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Le nord du Togo face à la menace jihadiste venue du Burkina Faso

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La région frontalière connaît une recrudescence d’attaques islamistes, tandis que les autorités maintiennent un silence stratégique sur l’évolution de la situation sécuritaire.

Depuis le début de l’année, le nord du Togo subit une escalade des violences attribuées à des groupes armés islamistes opérant depuis le Burkina Faso voisin. Les autorités togolaises, soucieuses de ne pas affecter le moral des troupes, évitent toute communication détaillée sur ces incidents. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2023, plus de trente décès avaient été officiellement reconnus. En 2024, les estimations non officielles font état d’au moins cinquante-deux victimes. Depuis janvier 2025, les attaques se sont multipliées, causant la mort de soixante-deux personnes, majoritairement des civils.

Cette situation résulte en grande partie de la porosité des frontières entre les deux pays. La province burkinabè de la Kompienga, limitrophe du Togo, sert de base arrière à une katiba du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda. Les préfectures togolaises de Kpendjal et Kpendjal-Ouest, situées dans la région des Savanes, sont les plus exposées. Les populations locales, partageant des liens ethniques et culturels avec celles du Burkina, subissent de plein fouet cette insécurité grandissante.

Les autorités ont adopté une politique de discrétion médiatique, allant jusqu’à interdire aux journalistes de relater les attaques ou les pertes humaines. Une stratégie justifiée par la nécessité de préserver le moral des forces de sécurité, mais qui contribue à une forme d’invisibilisation du phénomène. Parallèlement, le gouvernement a renforcé sa présence militaire dans la zone, avec près de huit mille soldats déployés dans le cadre de l’opération Koundjoaré. Le budget de la défense a presque doublé depuis 2017, reflétant l’urgence de la situation.

Cependant, la réponse sécuritaire ne suffit pas à enrayer la crise. Le nord du Togo, région historiquement marginalisée, souffre d’un manque criant d’infrastructures et de services publics. Cette précarité favorise la propagation des groupes armés, qui exploitent les frustrations locales. Malgré le lancement du Programme d’Urgence des Savanes en 2023, les défis restent immenses.

Les experts soulignent que seule une coopération régionale renforcée pourrait permettre de contenir durablement la menace jihadiste. Dans un contexte ouest-africain marqué par les divisions politiques, une telle coordination reste pour le moment incertaine. En attendant, le Togo, comme ses voisins, doit composer avec une insécurité qui s’installe dans la durée.

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