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Le duo Le Pen-Bardella, entre unité affichée et transition en suspens

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Alors que l’incertitude judiciaire plane sur la cheffe des députés RN, la préparation de l’échéance présidentielle s’organise autour d’une passation discrète, avec Jordan Bardella en figure de relais.

Côte à côte au Salon de l’agriculture, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont une nouvelle fois affiché leur cohésion. Cette démonstration d’unité ne masque cependant pas les préparatifs en cours au sein du Rassemblement national, alors que la perspective d’une candidature de sa présidente d’honneur reste suspendue à une décision de justice attendue en juillet prochain. Dans une récente intervention, l’élue du Pas-de-Calais a reconnu vivre difficilement cette période d’attente, qui complique la projection du parti dans la campagne à venir.

Les réquisitions prononcées à son encontre, incluant une peine d’inéligibilité, pourraient en effet la priver de la possibilité de se présenter. Face à cette éventualité, Marine Le Pen adopte un discours de sérénité apparente, tout en esquissant les contours d’une succession. Elle a publiquement désigné Jordan Bardella, le président du parti, comme son remplaçant naturel, saluant sa capacité à porter les idées du mouvement.

Cette transition, si elle devait se concrétiser, n’irait cependant pas sans défis. En interne, il s’agit de maintenir l’espoir d’une candidature Le Pen tout en préparant l’après. Un ministre, observateur de la vie parlementaire, estime d’ailleurs que l’élue a depuis un certain temps intégré la probabilité de ne pas pouvoir être candidate. Officiellement, la ligne reste inchangée. Jordan Bardella lui-même a réaffirmé qu’il se préparait à un rôle de chef du gouvernement, tandis que Marine Le Pen se projetait vers la présidence.

Dans les faits, la cheffe de file parlementaire travaille à l’émancipation de son cadet. Elle a notamment indiqué qu’elle n’exercerait aucune tutelle sur lui, qu’il endosse le rôle de candidat ou, le cas échéant, de président. Elle le présente désormais comme un « homme libre », qui déterminera lui-même le niveau de soutien dont il aura besoin. Pour Jordan Bardella, l’enjeu consiste à consolider sa stature et sa légitimité propres, au-delà de son statut de numéro deux.

Selon des cadres du mouvement, une campagne menée par le jeune président nécessiterait de construire une image présidentielle, un travail que Marine Le Pen, triple candidate, a déjà en grande partie accompli. Pour y parvenir, des déplacements à l’étranger ou une implication accrue dans la vie politique nationale pourraient être envisagés. Jordan Bardella s’est déjà engagé dans la campagne des municipales et multiplie les déplacements sur le territoire, rencontrant un accueil souvent enthousiaste, malgré quelques hostilités exprimées.

Un récent sondage indique d’ailleurs qu’une majorité de sympathisants du RN préférerait le voir candidat plutôt que Marine Le Pen. Cette donnée, ajoutée au contexte judiciaire, dessine les contours d’une recomposition progressive à la tête du parti, où l’unité affichée sert aussi de cadre à une transition en cours de préparation.

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