Planète
Le déclin silencieux des oiseaux de nos jardins
Un vaste recensement citoyen organisé ce week-end vise à mesurer l’ampleur d’une érosion préoccupante des populations aviaires communes, dont les causes sont multiples.
Les oiseaux qui peuplent nos parcs et nos jardins, comme la mésange bleue ou le verdier d’Europe, se font de plus en plus discrets. Pour objectiver ce phénomène de raréfaction, un important dispositif de science participative est reconduit durant ce week-end. Cette initiative, pilotée par la Ligue pour la protection des oiseaux, a pour objectif de collecter des données précises afin d’orienter les politiques de conservation et d’éveiller les consciences.
L’opération rencontre un succès croissant. L’an passé, elle a permis de rassembler près de six cent mille observations, soit une progression notable par rapport à l’année précédente. Depuis son lancement il y a douze ans, ce sont plus de six millions de données qui ont été enregistrées par une centaine de mille contributeurs, un record national pour ce type de programme.
Ces informations, croisées avec les travaux des scientifiques, offrent une photographie détaillée de l’évolution des espèces les plus familières. Les analyses révèlent ainsi que quarante et un pour cent d’entre elles ont connu un recul de leurs effectifs sur la dernière décennie. Cette tendance négative, particulièrement marquée, est attribuée à plusieurs facteurs conjoints, la destruction des habitats naturels, la diminution des ressources alimentaires et les effets du dérèglement climatique.
La situation est particulièrement critique pour les oiseaux insectivores, dont la survie est directement liée à la présence d’insectes. Leur disparition, accentuée par l’usage de produits phytosanitaires, prive ces oiseaux d’une nourriture essentielle. Parallèlement, l’artificialisation des sols et la suppression des haies réduisent les sites propices à la nidification et à l’abri.
Ce constat reflète une dynamique observée à l’échelle planétaire. Des études internationales indiquent qu’une majorité d’espèces d’oiseaux sont en déclin à travers le monde, et qu’une sur dix serait menacée d’extinction. En France, ce sont plusieurs centaines d’espèces qui sont concernées. Certaines, comme le moineau friquet, ont vu leurs populations s’effondrer de manière dramatique au cours des dernières décennies.
À l’inverse, les espèces au régime alimentaire plus varié, à l’image du moineau domestique, parviennent mieux à s’adapter aux modifications de leur environnement et restent fréquemment observées. Le protocole de comptage, conçu pour être à la fois rigoureux et accessible, invite chaque participant à noter, durant une heure, tous les oiseaux se posant dans un lieu défini, un jardin ou un balcon par exemple, en évitant de compter plusieurs fois les mêmes individus. Les résultats sont ensuite saisis sur une plateforme dédiée.
Outre cette session hivernale, une autre campagne est programmée à la fin du mois de mai pour évaluer les populations durant la période de nidification. Ces outils de suivi, qui existent également dans d’autres pays européens, constituent désormais des instruments indispensables pour comprendre et, à terme, enrayer l’appauvrissement de l’avifaune ordinaire.
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