Nous rejoindre sur les réseaux

News

L’art, un chemin de soin face à la crise de la psychiatrie

Article

le

En réponse aux carences du système de santé mentale, des ateliers artistiques se développent comme des espaces de reconstruction pour les patients, offrant une approche complémentaire aux traitements traditionnels.

Dans un appartement marseillais, un groupe termine une séance de peinture. Pour Yann, qui vit avec une schizophrénie, ce moment créatif représente bien plus qu’une simple activité. Il y voit une alternative humaine aux parcours de soins souvent standardisés. Comme lui, Sasha, une jeune femme de vingt-deux ans, trouve dans cette pratique un apaisement tangible, loin de l’environnement hospitalier. Leurs œuvres, parfois offertes à des proches, matérialisent un progrès dans leur rapport au monde.

Cette initiative est portée par l’association Aigle Abeilles, fondée par l’artiste-thérapeute Arnaud Deschin de Beir. Deux fois par mois, il organise des rencontres qui prennent la forme de promenades urbaines ou d’ateliers chez des particuliers. L’objectif est de favoriser l’ancrage dans la réalité et la socialisation par le processus créatif, bien au-delà de la qualité esthétique finale. Pour Cyril Lahlou, qui ouvre son domicile, il s’agit aussi de contribuer à une meilleure compréhension des troubles psychiques et de lutter contre les préjugés.

Cette approche trouve un écho particulier dans un contexte de tension extrême sur les services de psychiatrie publique. Les professionnels du secteur alertent sur l’aggravation des inégalités d’accès aux soins, la saturation des structures et l’épuisement des équipes, une situation qui laisse de nombreux patients sans accompagnement adapté. La reconnaissance de la santé mentale comme grande cause nationale a permis une prise de conscience, mais les acteurs attendent désormais des mesures concrètes.

Dans ce paysage, l’art-thérapie est perçue par certains soignants comme un outil précieux. Elle permet d’exprimer des ressentis qui échappent parfois au langage verbal et de restaurer un lien à l’environnement. Le docteur Jean-Luc Martinez, pédopsychiatre, en observe les bénéfices dans son unité pour jeunes adultes. Il s’agit de proposer une psychiatrie ouverte sur la cité, visant à prévenir les ruptures et les hospitalisations répétées.

Cette philosophie anime également Matthieu Saliceti. À vingt-cinq ans, cet entrepreneur a transformé son expérience personnelle en projet. Dans son studio d’enregistrement d’Aubagne, il accueille des jeunes suivis par la clinique des Trois Cyprès. À travers l’écriture et la musique, comme pour Zou, étudiante de vingt-deux ans, s’ouvre un espace de liberté où exprimer un mal-être social. Elle y trouve une forme de partage différente du cadre médical strict, rappelant que le rétablissement ne passe pas uniquement par la pharmacologie.

Ces initiatives, encore marginales, dessinent les contours d’un accompagnement plus global. Elles tentent de répondre à un besoin criant de lieux intermédiaires, où le soin psychique s’envisage aussi par la créativité et le collectif, en marge de ce que certains nomment une logique industrielle de la psychiatrie.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus