Culture
L’art du cirque ouvre des horizons aux jeunes Guinéens
Dans un quartier populaire de Conakry, une école d’acrobatie transforme le destin de centaines d’adolescents en leur offrant une formation artistique d’excellence et des perspectives internationales.
Sous la chaleur moite d’un entrepôt de la capitale guinéenne, des corps athlétiques défient les lois de la physique au rythme des tambours traditionnels. Ces jeunes artistes en devenir consacrent plusieurs heures quotidiennes à perfectionner leur art au centre d’art acrobatique Fodéba Keïta, institution de référence en Afrique de l’Ouest. Malgré des conditions matérielles précaires, cette école a su s’imposer comme un vivier de talents reconnu sur la scène mondiale.
Plus de deux cents anciens élèves ont intégré des compagnies prestigieuses à l’étranger, du Cirque du Soleil aux troupes européennes et nord-américaines. Les entraînements intensifs mêlent acrobaties aériennes, équilibres périlleux et numéros de contorsion qui semblent repousser les limites du corps humain. L’établissement, qui forme actuellement une centaine d’élèves, fut fondé par l’ancien directeur du Circus Baobab, Ibrahim Bamba, connu sous le nom de maître BBL.
Dans ce lieu construit il y a plus de vingt ans avec le soutien de l’ambassade de France, le matériel d’entraînement porte les marques d’une utilisation intensive. Sous la haute charpente, un drap rouge et des trapèzes permettent aux voltigeurs de répéter leurs figures. La plupart des étudiants effectuent actuellement une tournée en Turquie avec le cirque Tinafan, dont le nom signifie « Demain est meilleur » en langue soussou.
Le parcours du contorsionniste Papi Flex, lauréat d’un record mondial et désormais artiste international, inspire les nouvelles générations. Mamadou Saliou Diallo, jongleur et équilibriste de 26 ans, confie que les succès de ses aînés le motivent à persévérer dans sa quête d’excellence. Dans un contexte national marqué par les difficultés économiques, l’école représente une alternative constructive à l’émigration clandestine.
L’administration du centre souligne sa mission de réinsertion sociale et professionnelle. L’établissement accueille principalement des jeunes issus de milieux défavorisés et propose des formations complémentaires en artisanat. Ateliers de menuiserie, de couture et de soudure permettent aux élèves de concevoir eux-mêmes leurs accessoires de scène tandis qu’un internat modeste héberge les plus démunis.
Ibrahima Oularé, voltigeur de 19 ans entré à l’école à l’âge de huit ans, témoigne de l’impact transformateur de cette formation. Bien qu’invité à se produire aux États-Unis, son projet professionnel rencontre des obstacles administratifs. Le ministère de la Culture a annoncé le futur déménagement de l’école vers des infrastructures modernes, promettant des conditions de travail améliorées pour ces artistes en devenir qui continuent de croire en leur étoile.
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