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Société

La soif silencieuse des femmes afghanes

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En Afghanistan, la crise hydrique impose aux femmes un fardeau disproportionné, révélateur des inégalités structurelles qui perdurent dans le pays.

Dans les montagnes arides de Bamiyan, province centrale de l’Afghanistan, le manque d’eau potable redessine le quotidien des communautés rurales. Les femmes, traditionnellement chargées des tâches domestiques liées à l’eau, en subissent les conséquences les plus directes. Cuisine, lessive, soins aux enfants—autant de responsabilités qui se transforment en épreuves physiques lorsque les points d’eau se raréfient.

Avant l’intervention d’organisations humanitaires, les habitants de Shibar puisaient une eau souvent contaminée par des déjections animales, provoquant des maladies récurrentes chez les enfants. Les femmes parcouraient des kilomètres pour remplir des bidons, au prix de douleurs lombaires chroniques. Aujourd’hui encore, dans des villages comme Qavriyak, l’hygiène reste un luxe inaccessible. Les familles se contentent d’un bain hebdomadaire, et les serviettes hygiéniques, trop coûteuses, sont remplacées par des chiffons usagés.

Les autorités talibanes affirment améliorer l’accès à l’eau dans les campagnes, mais sur le terrain, les besoins dépassent largement les infrastructures existantes. Les puits, parfois ensablés par des crues soudaines, deviennent inutilisables. À Maidan Wardak, des familles entières survivent sous des tentes, privées de matelas et contraintes de partager des latrines mixtes—une situation intolérable dans une société où la pudeur est érigée en norme.

Les séances de sensibilisation à l’hygiène organisées par des ONG ont permis de réduire certaines pathologies, mais le combat est loin d’être gagné. Diarrhées, infections cutanées et malnutrition persistent, alimentées par une eau impropre. Pour consulter un médecin, les femmes doivent emprunter des chemins escarpés, souvent à dos d’âne.

Derrière ces difficultés matérielles se profile une réalité plus sombre. La pénurie d’eau exacerbe les inégalités de genre, confinant les femmes dans un cycle de précarité sanitaire et sociale. Leur résistance quotidienne, bien que discrète, témoigne d’une crise qui dépasse largement les enjeux climatiques pour toucher au cœur des droits humains.

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