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La pétition historique ne désarme pas les oppositions sur les pesticides

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_**Un débat parlementaire inédit, issu d’une mobilisation citoyenne record, a mis en lumière les fractures profondes concernant l’usage de produits phytosanitaires, sans parvenir à un rapprochement.**_

L’Assemblée nationale a connu, ce mercredi, une séance inhabituelle. Pour la première fois sous la Ve République, une pétition ayant recueilli plus de deux millions de signatures a fait l’objet d’une discussion dans l’hémicycle. Cette procédure exceptionnelle, saluée comme un lien entre la société civile et ses représentants, n’a toutefois pas permis d’apaiser les tensions autour de la loi portée par le sénateur Laurent Duplomb. Les échanges, parfois vifs, ont confirmé l’impasse entre des positions irréconciliables sur la question agricole et environnementale.

Le texte en cause, adopté l’été dernier, vise à faciliter certaines pratiques agricoles, comme la gestion de l’eau ou l’agrandissement des bâtiments d’élevage. Mais c’est une disposition autorisant, sous conditions, le recours à l’acétamipride – un insecticide de la famille des néonicotinoïdes – qui avait suscité une vive controverse et le dépôt de la pétition. Le Conseil constitutionnel a depuis censuré cette mesure, estimant son cadre juridique insuffisant. Le débat parlementaire, purement consultatif et sans vote, ne pouvait modifier la loi existante.

La ministre de l’Agriculture a défendu une législation présentée comme un pilier de la souveraineté alimentaire, tout en déplorant l’absence de dialogue constructif, qu’elle attribue à une frange de la classe politique. Dans le même temps, une nouvelle proposition de loi, déposée récemment par le sénateur Duplomb pour réintroduire la substance controversée en se conformant aux exigences du Conseil constitutionnel, alimente déjà une autre pétition. Le gouvernement, pour sa part, maintient une position d’attente, refusant d’inclure ce nouveau projet dans un texte d’urgence agricole tout en promettant de consulter le Conseil d’État.

L’audition a fait ressortir des argumentaires diamétralement opposés. D’un côté, des élus ont dénoncé un recul environnemental et un « choix mortifère », s’appuyant sur les mises en garde de la communauté scientifique. De l’autre, des parlementaires ont plaidé la nécessité de cette autorisation pour préserver la compétitivité des agriculteurs français face à des voisins européens qui l’utilisent. Le climat des discussions a également été évoqué, certains députés rapportant avoir reçu des milliers de messages hostiles lors de l’examen initial de la loi.

En marge de la séance, plusieurs centaines de personnes, dont des représentants d’organisations environnementales et agricoles, s’étaient rassemblées pour manifester leur opposition. La portée symbolique mais limitée de ce débat sans suite législative immédiate a été soulignée par plusieurs observateurs. La présidente de l’Assemblée nationale a indiqué qu’elle tirerait les enseignements de cette première expérience, en vue d’éventuellement améliorer le format de telles discussions futures.

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