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La mémoire africaine en quête de réappropriation

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En Côte d’Ivoire, des acteurs culturels et intellectuels s’emploient à raviver la conscience historique d’un continent dont l’héritage demeure souvent méconnu, y compris par ses propres enfants. Cette démarche se heurte à des défis structurels et à une certaine indifférence.

À Abidjan, loin des célébrations du Black History Month outre-Atlantique, des initiatives cherchent à ancrer cette réflexion dans le contexte local. Serge Alain Nhiang’O a fondé un collectif, l’Ivoire Black History Month, pour organiser des conférences et des débats. Son objectif est de permettre aux jeunes générations d’accéder à une histoire souvent absente des programmes scolaires. Ce travail de médiation exige des mois de recherches, les ressources documentaires pertinentes étant fréquemment localisées en Europe, ce qui complique l’accès.

Dans l’enceinte universitaire, le constat est similaire. Adama Samaké, qui dispense un cours sur la décolonialité, observe que ses étudiants découvrent avec surprise des pans entiers du passé colonial, comme l’interdiction des langues maternelles dans le système éducatif d’alors. Cette méconnaissance résulterait, selon lui, de choix politiques délibérés, contrastant avec la valorisation du patrimoine historique menée dans d’autres nations de la sous-région.

Les pouvoirs publics ivoiriens, historiquement proches de l’ancienne puissance coloniale, ont certes engagé un processus de renommage de certaines artères. Cette démarche est cependant passée relativement inaperçue auprès du grand public. De même, la mémoire de l’esclavage, pourtant présente sur le territoire comme en attestent des recherches archéologiques, ne fait pas l’objet d’une commémoration marquée.

Pour Kablan Porquet, fondateur d’un espace culturel panafricain renommé, le pays aurait opté pour une forme de « non-culture ». Il estime que l’héritage colonial a instillé un sentiment de honte de soi qu’il importe de dépasser. Dans son établissement, il expose notamment des pièces de la civilisation Nok, vieille de plusieurs millénaires, pour rappeler la richesse des accomplissements antérieurs à la période coloniale. Cette volonté de renouer avec un patrimoine longtemps occulté trouve un écho symbolique dans la restitution prochaine du tambour « Djidji Ayôkwé », emporté au début du siècle dernier.

L’ensemble de ces efforts dessine les contours d’un travail de longue haleine, visant à reconstruire une narration historique autonome et à réconcilier une société avec la profondeur de ses racines.

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