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Économie

La Havane se réinvente sur trois roues face à la pénurie

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Alors que les réserves de carburant s’amenuisent drastiquement, les rues de la capitale cubaine voient émerger une nouvelle économie du déplacement, dominée par les véhicules légers et la force musculaire.

La crise énergétique qui frappe l’île contraint les habitants à repenser radicalement leurs modes de transport. Les files d’attente pour l’essence rationnée et la disparition progressive des véhicules thermiques de l’espace public ont ouvert la voie à des solutions de remplacement. Les triporteurs électriques et les bicyclettes-taxi, autrefois marginaux, sont devenus en quelques mois les piliers de la mobilité urbaine.

Cette transformation répond à une nécessité impérieuse. Les livraisons de pétrole se sont interrompues, plongeant le pays dans une situation inédite. Les autorités ont instauré des mesures de restriction sévères, limitant la vente de diesel et contingentant l’essence. Dans ce contexte, les transports collectifs conventionnels ont vu leur fréquence chuter, alourdissant le quotidien d’une population déjà éprouvée par des difficultés économiques persistantes.

Le paysage des rues en porte désormais la marque. Les automobiles privées au moteur à combustion se font rares, et leurs tarifs, lorsqu’elles circulent, sont devenus prohibitifs pour la majorité. En parallèle, une flotte hétéroclite de véhicules légers a essaimé. Ces engins, capables d’embarquer plusieurs passagers, proposent des trajets à des coûts bien inférieurs, devenant pour beaucoup la seule option viable. Un chauffeur reconverti souligne que ces triporteurs règnent désormais sans partage sur la chaussée.

Cette transition n’est pas sans défis. Si elle affranchit les conducteurs de la dépendance au carburant, elle les soumet à d’autres aléas, comme les coupures de courant récurrentes qui compliquent la recharge des batteries. Par ailleurs, l’essor de cette économie parallèle témoigne des adaptations forcées que subissent les travailleurs. Certains ont dû abandonner leur emploi, incapable d’en assumer les frais de transport, tandis que d’autres se sont lancés dans la réparation de cycles ou la conduite de pousse-pousse.

L’offre, bien que dynamique, peine à satisfaire une demande toujours croissante. Des services publics organisés, utilisant des triporteurs électriques, tentent de combler une partie du déficit, mais leur capacité reste limitée. Pour les usagers, les trajets quotidiens relèvent souvent du parcours du combattant, entre attentes prolongées et recherche de moyens abordables. Cette réorganisation forcée des déplacements redessine ainsi non seulement les rues de La Havane, mais aussi les conditions de vie de ses habitants, contraints de trouver dans l’ingéniosité et l’effort physique des réponses à une crise structurelle.

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