Économie
La facture des traitements de pointe menace l’accès universel aux soins
L’immunologue Alain Fischer met en garde contre une inflation insoutenable des prix des médicaments innovants, un phénomène qui, selon lui, creuse les inégalités et met à mal les principes de solidarité.
Le professeur Alain Fischer, figure éminente de l’immunologie et pionnier de la thérapie génique en France, alerte sur les conséquences sociales des tarifs pratiqués par l’industrie pharmaceutique pour les traitements les plus récents. Dans une tribune, il estime que ces coûts, souvent prohibitifs, conduisent à une forme de médecine réservée aux plus aisés et fragilisent les systèmes de santé publique.
Le chercheur cite en exemple les thérapies géniques, les biothérapies comme certains anticorps utilisés en oncologie, ou encore les nouveaux médicaments contre l’obésité. Pour lui, aucun de ces produits ne présente un prix qu’il jugerait acceptable. Cette tendance à la hausse constante aurait pour effet direct de retarder, voire d’empêcher, l’accès à ces innovations pour une partie des patients, certaines autorités sanitaires refusant leur remboursement au motif d’un rapport coût-efficacité défavorable.
Le cas du traitement Lenmeldy, commercialisé aux États-Unis pour plusieurs millions de dollars par dose, illustre selon lui une dérive inquiétante. Le professeur Fischer craint une transposition de ce modèle, où la capacité financière du patient deviendrait le critère déterminant pour l’accès aux soins, ce qui mettrait en péril le principe d’équité au cœur du système français.
Il conteste par ailleurs les justifications avancées par les laboratoires, qui invoquent les investissements en recherche et le bénéfice clinique exceptionnel. D’après ses analyses, la marge bénéficiaire intégrée dans le prix final de vente pourrait atteindre, voire dépasser, les soixante-quinze pour cent. Certaines thérapies seraient ainsi facturées au moins trois fois leur coût de production.
Le professeur soulève une contradiction fondamentale. Une grande partie de ces avancées thérapeutiques, rappelle-t-il, sont le fruit initial de recherches financées sur fonds publics. La collectivité se trouverait donc dans la situation de supporter deux fois la note, d’abord par le biais de la recherche académique, puis par le remboursement de médicaments vendus à prix fort.
Face à ce constat, Alain Fischer appelle à une régulation plus ferme et à une réflexion éthique approfondie sur la répartition des profits générés par l’innovation. Il plaide pour un rééquilibrage permettant à la société de bénéficier de retombées sous la forme de tarifs plus justes et pour un soutien public accru à la recherche, garante d’une indépendance stratégique.
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