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Politique

La Côte d’Azur, épicentre des fractures de la droite française

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Les élections municipales de 2026 dans la région révèlent un paysage politique local profondément fragmenté, où les anciennes alliances se sont dissoutes au profit de recompositions souvent conflictuelles.

Autrefois bastion monolithique de la droite républicaine, la Côte d’Azur offre aujourd’hui le spectacle d’une division profonde. Les principales figures politiques de la région, issues pour la plupart des rangs des Républicains, s’affrontent désormais dans des configurations inédites, mêlant rivalités personnelles et divergences stratégiques majeures. Cette fragmentation illustre les tensions qui traversent l’ensemble de la famille politique de droite.

À Nice, cette évolution est particulièrement visible. Deux anciens piliers locaux du parti Les Républicains, Christian Estrosi et Éric Ciotti, se présentent désormais sous des étiquettes distinctes, le premier s’étant rapproché de la majorité présidentielle et le second ayant opéré un rapprochement avec le Rassemblement national. Cette situation place l’ancienne formation de droite dans une position délicate, contrainte de choisir son camp dans une bataille où elle n’est plus l’acteur principal.

La direction nationale des Républicains a finalement apporté un soutien officiel à Christian Estrosi, une décision qui ne fait pas l’unanimité au sein de ses rangs locaux. Certains élus, à l’image du maire de Cannes David Lisnard, estiment que le parti ne devrait pas soutenir ceux qui l’ont quitté. Ce dernier entretient des relations apaisées avec Éric Ciotti et a laissé un de ses proches collaborateurs figurer sur la liste de ce dernier.

De son côté, Éric Ciotti a su ménager des arrangements locaux. Si son parti, l’Union des droites pour la République, soutient globalement des candidats du Rassemblement national, il apporte également son appui à plusieurs maires sortants Les Républicains, y compris ceux qui s’opposent à des listes RN dans leurs villes. Cette stratégie vise à préserver des relations personnelles et des alliances de terrain anciennes.

L’échelon départemental constitue un espace clé où se joue cette recomposition. La majorité des élus de l’assemblée départementale sont historiquement issus de LR, mais ils sont désormais scindés entre une majorité favorable à Éric Ciotti et une opposition alignée sur Christian Estrosi. La présidence du département a choisi de maintenir une forme de cohésion en refusant d’exclure les élus de l’UDR, au nom d’un intérêt territorial supérieur.

Les prochains scrutins sénatoriaux, prévus en septembre, alimentent les inquiétudes au sein des Républicains. Une victoire d’Éric Ciotti à Nice lui procurerait un nombre significatif de grands électeurs, susceptible de faire basculer plusieurs élus locaux encore officiellement membres de LR mais déjà proches de ses positions. Une telle issue pourrait accélérer les transferts d’allégeance et reconfigurer durablement les équilibres.

Cette perméabilité des frontières partisanes se vérifie déjà dans d’autres agglomérations de la région. À l’échelle intercommunale, des accords de gouvernance ont été conclus entre des maires LR et des élus RN, sur la base d’un partage des responsabilités concernant les compétences communes. Ces pratiques locales, qui transcendent les clivages nationaux, pourraient préfigurer les équilibres politiques à venir dans toute la région.

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