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La chute d’un parrain déclenche l’exode des cyber-escrocs à Sihanoukville

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L’arrestation et l’extradition d’une figure majeure du crime organisé ont provoqué un mouvement de panique dans les repaires de fraude en ligne de la station balnéaire cambodgienne, révélant les rouages d’une industrie clandestine sous pression.

Un vent de panique a soufflé cette semaine sur Sihanoukville. La cité balnéaire, transformée au fil des ans en plaque tournante de la cybercriminalité, a vu des centaines de personnes plier bagage dans la précipitation. Cet exode soudain fait suite à l’arrestation puis à l’extradition vers la Chine d’un magnat local, Chen Zhi, présenté comme une figure centrale de ce milieu. Devant des complexes sécurisés, comme celui attenant au casino Amber, des scènes de départ improvisé se sont multipliées. Valises, écrans d’ordinateur et même animaux de compagnie ont été entassés à la hâte dans des tuk-tuks ou des véhicules de transport, sous le regard d’observateurs.

Ces départs coordonnés interviennent alors que les autorités cambodgiennes affichent une volonté de sévir contre un secteur qui pèserait plusieurs milliards de dollars. Une commission gouvernementale annonce avoir conduit des raids sur plus d’une centaine de sites et procédé à environ cinq mille interpellations au cours des six derniers mois. Le gouvernement assure que l’ère de la tolérance est révolue, répondant ainsi aux pressions croissantes de la communauté internationale.

Pourtant, le timing de ces événements suscite des interrogations. De nombreux travailleurs ont quitté les lieux plusieurs jours avant l’arrivée des forces de l’ordre, laissant planer le doute sur d’éventuels avertissements préalables. Des analystes évoquent une stratégie à double détente, permettant à Phnom Penh de montrer sa détermination tout en laissant une partie de l’infrastructure criminelle se déplacer. L’opération, qualifiée de « théâtrale » par certains experts, masquerait une réalité plus complexe, où collusion et laxisme perdureraient.

Les centres de Sihanoukville, disséminés parmi les casinos et les gratte-ciel inachevés, sont le théâtre d’une économie souterraine aux méthodes brutales. Si certains employés sont des escrocs consentants, beaucoup seraient en réalité des victimes de traite des êtres humains, piégées par de fausses promesses d’emploi et retenues contre leur gré. Ces structures organisent des fraudes à grande échelle, ciblant des internautes à travers le monde par le biais d’arnaques sentimentales ou de fausses opportunités d’investissement en cryptomonnaies.

La liquidation de la banque Prince, appartenant au conglomérat de Chen Zhi, et le gel des ventes dans ses résidences de luxe illustrent le durcissement affiché des autorités. Mais sur le terrain, l’incertitude règne. Des convois de cars remplis de personnes, majoritairement sinophones, ont été observés quittant la ville par l’autoroute en direction de Phnom Penh. Interrogés, certains évacués affirmaient ignorer leur destination, une anxiété palpable face à un avenir soudainement bouleversé. Pour les petites mains de ce système, qu’elles soient complices ou contraintes, la priorité est désormais de se faire oublier, comme l’a résumé un travailleur bangladais avant de disparaître dans la foule, son sac à dos en contrefaçon sur l’épaule.

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