Culture
La 53e édition du Festival d’Angoulême sous la menace d’un boycott
Le plus grand événement mondial de la bande dessinée fait face à une contestation sans précédent de la part de ses plus éminents représentants, qui dénoncent une gestion opaque et un manque d’ambition.
Vingt-deux lauréats du Grand Prix, distinction suprême du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, ont lancé un appel public pour dénoncer la situation critique de l’événement. Dans une tribune publiée lundi, ces auteurs de renommée internationale, parmi lesquels figurent Riad Sattouf, Jacques Tardi et Art Spiegelman, estiment que le festival « accumule les scandales, les erreurs de communication et le manque d’ambition ». Ils pointent du doigt une gestion qu’ils jugent totalement opaque et réclament un changement d’opérateur pour retrouver les valeurs fondatrices de la manifestation.
La colère du milieu artistique s’est amplifiée depuis l’annonce samedi du maintien de la société 9eArt+ comme organisatrice, à l’issue d’une procédure d’appel d’offres critiquée pour son manque de transparence. Cette décision a provoqué une vague d’indignation dans le secteur, déjà marqué par une édition 2025 entachée par une crise de confiance avec le délégataire historique. Les reproches formulés à l’encontre de 9eArt+ incluent des dérives commerciales, une opacité gestionnaire et le licenciement d’une salariée après une plainte pour viol en 2024.
Les appels au boycott se sont multipliés sur les réseaux sociaux sous le mot-dièse #NOFIBD2026. Plusieurs auteurs majeurs, dont la récente lauréate Anouk Ricard, Pénélope Bagieu et Catherine Meurisse, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas à l’édition 2026. Anouk Ricard a évoqué une « longue liste » de griefs, mentionnant notamment le coût des entrées, le mépris envers les créateurs et l’absence de transparence.
Le Syndicat national de l’édition a exigé des clarifications sur la réorganisation en cours, menaçant de boycotter les éditions postérieures à 2026 en l’absence de transparence suffisante. Le Syndicat des éditeurs alternatifs a pour sa part réitéré son rejet catégorique du maintien de 9eArt+ et de son directeur Franck Bondoux. Le ministère de la Culture a exprimé ses regrets concernant le flou persistant entourant les futures éditions, malgré les attentes des financeurs publics et des acteurs du secteur.
La Cité internationale de la bande dessinée et 9eArt+ disposent jusqu’au 20 novembre pour présenter un projet commun. Le ministère de la Culture attend l’issue de ces discussions avant de prendre position définitivement. Cette crise intervient alors que le festival, créé en 1974 et organisé par 9eArt+ depuis 2007, avait déjà connu des tensions importantes, notamment en 2023 avec l’annulation controversée d’une exposition consacrée à Bastien Vivès.
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