Monde
Des robots sauveurs sur le front ukrainien
Face à la menace des drones, l’armée ukrainienne déploie des engins télécommandés pour évacuer ses blessés. Une innovation tactique qui redéfinit la médecine de guerre sous haute tension.
Sous le crépitement des drones ennemis, un soldat ukrainien pilote à distance un robot d’évacuation pour secourir un camarade blessé. Soudain, l’écran de contrôle affiche une explosion — l’engin vient de heurter une mine. Le pilote, surnommé « Magicien », croit alors avoir perdu son frère d’armes. Pendant de longues minutes, le poids de cette issue tragique pèse sur lui. Mais à travers les volutes de fumée, une silhouette apparaît à l’écran. Le blessé rampe pour se mettre à l’abri. Un second robot est immédiatement dépêché pour achever la mission.
L’omniprésence des drones a radicalement transformé les conditions d’intervention médicale sur le champ de bataille. L’époque où les secouristes pouvaient s’élancer avec des brancards ou des véhicules blindés est révolue. Désormais, une « zone mortelle » s’étend sur plusieurs kilomètres de part et d’autre de la ligne de front, où tout mouvement est susceptible d’être détecté et ciblé.
Des soignants comme Olena Ivanenko, infirmière militaire, évoquent avec amertume ces situations où des soldats blessés restent hors de portée, parfois à moins d’un kilomètre, sans pouvoir être secourus. L’armée a donc dû innover. Des drones sont utilisés pour acheminer nourriture, médicaments, voire du matériel médical avec des instructions vocales. Les robots d’évacuation constituent l’une des réponses les plus sophistiquées, mais exigent une expertise particulière.
Le maniement de ces machines demande une précision extrême. Les opérateurs, formés au mouvement lent et à la discrétion, guident leurs engins à l’aide de manettes équipées d’écrans. Chaque mission engage la vie d’un combattant et impose une concentration absolue. La lenteur des robots les expose cependant aux drones adverses et aux champs de mines. Les échecs, bien que rares, marquent durablement les équipes.
Malgré les risques, ces technologies offrent une lueur d’espoir. Comme en témoigne Magicien, qui après avoir cru échouer, a finalement ramené son camarade à l’arrière après un trajet éprouvant de quinze kilomètres. « Ce n’était pas confortable, concède-t-il, mais je l’ai sorti de là. »
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