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Des Andes au Darfour, l’itinéraire meurtrier des mercenaires colombiens

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Une enquête révèle les rouages d’un réseau transnational qui a acheminé des centaines d’anciens soldats vers le conflit soudanais, attirés par des salaires élevés et souvent au prix de leur vie.

Un flux discret de combattants expérimentés a traversé les continents pour se retrouver au cœur des combats qui déchirent le Soudan. Des centaines d’anciens militaires colombiens, recrutés pour leur expertise, ont été déployés aux côtés des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Leur périple, reconstitué à partir d’entretiens, de documents d’entreprises et d’analyses géospatiales, illustre la dimension internationale de cette guerre civile et les méthodes opaques de certains acteurs régionaux.

Le processus de recrutement s’est souvent effectué via des applications de messagerie, proposant des contrats de sécurité au Moyen-Orient. Une fois engagés, les candidats effectuaient une première escale à Dubaï pour une formation sommaire, avant d’être redirigés vers le théâtre soudanais. Deux axes principaux ont été identifiés pour leur transit final, l’un passant par l’est de la Libye, l’autre par une base aérienne à Bosaso, en Somalie, où une présence militaire émiratie est attestée.

Sur le terrain, ces mercenaires ont été géolocalisés lors des affrontements les plus violents dans la province du Darfour. Leur appui a notamment contribué à la prise de la ville d’El-Facher par les FSR à l’automne dernier. Des vidéos analysées montrent ces combattants évoluant dans les décombres de localités ravagées, peu avant que certains ne trouvent la mort. Les autorités soudanaises estiment que plus de la moitié des Colombiens présents lors du siège de la ville ont péri.

À l’origine de ce recrutement massif se trouverait un ancien colonel italo-colombien, récemment sanctionné par les autorités américaines. Son réseau est accusé d’avoir embauché des centaines de personnes, y compris des mineurs, en leur promettant des rémunérations pouvant atteindre six fois le montant de leur pension militaire colombienne. Un associé repenti évoque un système fondé sur la « traite d’êtres humains », visant initialement à déployer plusieurs milliers d’hommes.

Les investigations pointent également le rôle de sociétés écrans basées aux Émirats arabes unis et au Panama, chargées de verser les salaires via des contrats de sécurité privée assortis de clauses de confidentialité strictes. Si Washington n’a pas nommément cité Abou Dhabi, les sanctions américaines visant le réseau de recrutement en soulignent indirectement les connexions régionales. Les autorités émiraties rejettent fermement toute implication, qualifiant ces allégations de campagne de désinformation.

En Colombie, la révélation de l’implication de nombreux ressortissants dans des conflits à l’étranger a provoqué une onde de choc, conduisant le Parlement à adopter une loi interdisant les activités mercenaires. Pour de nombreuses familles, cette législation arrive trop tard. Elles déplorent la perte de proies et peinent souvent à récupérer les corps, dans un silence contraint par la crainte de compromettre le versement d’indemnités d’assurance-vie. Cette affaire met en lumière le destin d’anciens soldats, formés par un État, et finalement exploités par les mécanismes opaques des guerres par procuration.

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