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De l’arachide à l’émancipation, le combat des mères de Chibok

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_**Au Nigeria, des femmes dont les filles ont été enlevées par des groupes armés transforment leur récolte en une marque alimentaire. Leur objectif est simple financer par ce biais l’instruction de leurs enfants et affirmer leur résilience.**_

Vêtues de leurs habits traditionnels, elles découvrent pour la première fois les ateliers de transformation où les arachides qu’elles cultivent deviennent des produits finis. Cette visite à Lagos marque une étape symbolique pour ces habitantes de Chibok, un village du nord-est du pays frappé il y a douze ans par l’enlèvement de plus de deux cents lycéennes. Leur initiative commerciale, baptisée « Mothers of Chibok », vise à générer des ressources stables pour scolariser leur progéniture.

« Cesser d’envoyer nos enfants en classe et abandonner nos champs reviendrait à accepter l’idéologie de ceux qui s’opposent à l’éducation. Nous refusons cette perspective », déclare l’une d’elles, mère de huit enfants dont une fille portée disparue. Leurs revenus, auparavant tributaires de la vente brute de leurs récoltes à des intermédiaires, étaient modestes et aléatoires. Désormais, elles aspirent à une meilleure valorisation de leur travail et à toucher une clientèle élargie.

Leur production d’arachides a significativement augmenté sur la dernière année. Cette évolution est le fruit d’un partenariat avec deux entreprises agroalimentaires locales, facilité par un documentariste qui a relaté leur parcours. « Ces femmes ne sont pas défaites. Elles sont en deuil, mais intactes dans leur détermination. Elles ont simplement besoin de soutien pour persévérer et garder espoir », souligne-t-il.

Parmi elles se trouve une ancienne captive, échappée après deux années de détention. Elle observe longuement les pots étiquetés, y voyant la promesse d’un avenir différent pour son fils, né pendant sa captivité. « Sans éducation, il pourrait emprunter la voie de son père », confie-t-elle, évoquant le combattant auquel elle fut contrainte de se marier.

Au-delà de l’aspect économique, ce projet incarne une revendication de paix et de normalité pour leur communauté, toujours exposée à la violence de groupes armés. Les entreprises impliquées y perçoivent un modèle de reconstruction sociale, potentiellement reproductible pour d’autres familles affectées par des enlèvements. « Notre rôle est de leur offrir un moyen de surmonter leur traumatisme et de bâtir une activité pérenne, pour elles, leurs enfants et leur région », explique le dirigeant de l’une des sociétés partenaires.

Les promotrices de la marque espèrent désormais élargir leur cercle et, à terme, exporter leurs produits. Leur démarche contraste avec la persistance des kidnappings à grande échelle dans le pays, décrits par une étude récente comme une activité criminelle structurée et lucrative. Dans ce contexte, la transformation de simples sacs d’arachides en beurre et dérivés commercialisés sous leur propre label représente bien plus qu’une affaire commerciale. C’est un acte de résistance et de foi en l’avenir.

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