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Culture

Cinéma et identités plurielles, un dialogue entre continents à la Berlinale

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_**Deux œuvres en compétition officielle, portées par des cinéastes aux parcours transnationaux, explorent avec finesse les appartenances multiples et les héritages familiaux, entre l’Europe et l’Afrique.**_

La sélection de la 76e édition du Festival international du film de Berlin accorde une place notable aux récits naviguant entre plusieurs mondes. Deux longs-métrages en lice pour l’Ours d’or, réalisés par des artistes aux identités composites, illustrent cette tendance en tissant des histoires entre la France et le continent africain. Ces films interrogent les notions de racines, de deuil et de transmission au sein de communautés dont l’existence se déploie de part et d’autre de la Méditerranée.

Le réalisateur Alain Gomis présente « Dao », une œuvre chorale qui entrelace les préparatifs d’une union en banlieue parisienne et les rites funéraires organisés en Guinée-Bissau. Tourné en seulement vingt jours, répartis équitablement entre les deux pays, le film adopte une forme hybride, intégrant des séquences de casting et des essais qui participent à la construction des personnages. Il dresse le portrait d’une diaspora africaine en France, loin des clichés habituels, à travers le regard de Gloria, une femme à la fois mère de la mariée en Île-de-France et fille du défunt honoré en Afrique. Pour le cinéaste, cette double perspective offre une richesse narrative, montrant comment des expériences universelles comme le mariage ou le deuil sont vécues et interprétées différemment selon les contextes culturels.

De son côté, la cinéaste Leyla Bouzid propose « À voix basse », un récit intimiste tourné en partie dans la maison familiale de Sousse, en Tunisie. Le film suit le parcours de Lilia, une femme tunisienne vivant à Paris, qui retourne dans son pays natal pour les obsèques de son oncle. Ce retour forcé sur la terre de ses ancêtres devient l’occasion de lever progressivement le voile sur les secrets familiaux et la vie clandestine de son oncle, tout en confrontant l’héroïne à ses propres dilemmes. Célibataire et en couple avec une femme, elle doit en effet composer avec le poids des traditions et une législation tunisienne réprimant l’homosexualité. Le film explore ainsi la difficile conciliation entre une identité personnelle assumée et l’attachement à un héritage culturel, tout en sondant la transmission des non-dits et des traumatismes sur plusieurs générations.

Ces deux œuvres, par leurs approches distinctes, témoignent d’un cinéma contemporain qui interroge les frontières, tant géographiques qu’identitaires. Elles esquissent les contours d’appartenances fluides et complexes, où l’individu doit négocier en permanence entre des mondes et des héritages parfois contradictoires. La force de ces récits réside dans leur capacité à aborder des questions universelles à travers le prisme singulier d’expériences diasporiques, offrant ainsi une réflexion nuancée sur la mémoire, la famille et la recherche de soi.

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