Monde
Au cœur du Qandil, le PKK réinvente son existence après les armes
_**Dans les montagnes irakiennes, des combattants historiques évoquent une transition vers des luttes pacifiques, affirmant avoir librement choisi cet engagement.**_
Le véhicule avance avec précaution sur la piste sinueuse. Après un bref arrêt pour un appel téléphonique, le conducteur guide ses visiteurs vers un abri discret, creusé à même la roche. Cet accès rare à une base arrière du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans la région de Qandil offre un aperçu de la vie du mouvement après son annonce de retrait du conflit armé.
La commandante Serda Mazlum Gabar accueille les hôtes avec un sourire, ses longs cheveux tressés sur son uniforme. Elle souligne que la fin des hostilités ne signifie pas un abandon de ces refuges montagneux. Pour elle et ses camarades, cet environnement constitue un cadre de vie choisi, perçu comme plus sûr que l’agitation urbaine. Le groupe affirme poursuivre son engagement par d’autres moyens, suivant les directives de son fondateur emprisonné, Abdullah Öcalan.
L’installation visitée, aménagée avec soin, contraste avec l’image spartiate souvent associée au maquis. Un système de ventilation dessert des couloirs menant à des espaces distincts, dont une salle réservée aux femmes, ornée de plantes et de guirlandes. Des portraits du leader historique et de militants disparus tapissent les murs. Dans cet espace, la routine s’organise entre préparation de repas, discussions et veille communicationnelle avec d’autres positions.
Parmi les résidents figurent des combattants récemment revenus de Turquie, à l’instar de Vejin Dersim. Cette femme de 34 ans évoque avec émotion son départ de zones où elle se sentait proche du commandement symbolique. Pour Devrim Palu, vétéran de 47 ans, cette période marque un tournant. Il exprime la conviction que le mouvement peut désormais se consacrer pleinement à un combat politique et démocratique pour la reconnaissance des droits kurdes.
L’évolution doctrinale du PKK, d’une organisation séparatiste à un mouvement revendiquant l’égalité, trouve ici une traduction concrète. Les habitants de ces bunkers insistent sur le caractère délibéré de leur engagement, une vie de discipline et de privations assumée comme un choix personnel. La familiarité avec ce territoire escarpé est telle que l’un d’eux affirme pouvoir y circuler de nuit, presque intuitivement.
Cette présence ancrée dans le massif du Qandil, établie depuis des années après des débuts dans des grottes, semble destinée à perdurer. Elle incarne la transition complexe d’une structure longtemps vouée à la lutte armée vers une existence recentrée sur des activités politiques, dans l’attente d’une réponse à ses revendications.
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