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Économie

Ariane 6 s’élance pour Amazon, un décollage stratégique pour l’Europe spatiale

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Le lanceur lourd européen entame ce samedi une série de dix-huit missions dédiées à la constellation du géant américain, scellant un partenariat commercial majeur tout en posant la question de la souveraineté industrielle.

Sur le pas de tir guyanais, la silhouette d’Ariane 6 se détache désormais à ciel ouvert. Le retrait du portique mobile dans la nuit tropicale de Kourou marque l’entrée dans la phase ultime des préparatifs. Le lanceur, dans sa version la plus puissante équipée de quatre propulseurs, doit s’arracher du sol pour une mission d’une durée prévue d’une heure cinquante-quatre minutes. Son objectif est de déployer sur orbite basse une cargaison de trente-deux satellites, la plus importante jamais confiée au nouveau véhicule européen. Ces appareils appartiennent à la future constellation à haut débit d’Amazon, baptisée Project Kuiper.

Cette première mission ouvre un chapitre opérationnel dense pour Arianespace, l’opérateur du lanceur. L’entreprise a en effet contractualisé dix-huit vols au service du géant du commerce en ligne, déterminé à rattraper son retard dans la course à l’internet par satellite face à la constellation Starlink. Pour répondre à ces besoins de capacité, Ariane 6 utilise pour la première fois sa configuration A64, qui double sa charge utile par rapport aux versions précédentes. Une évolution technique jugée idéale pour le déploiement massif de satellites.

Le partenariat représente un enjeu économique substantiel pour la filière spatiale européenne. Amazon évalue son impact sur le produit intérieur brut de l’Union à près de trois milliards d’euros sur la période 2022-2029, la France devant en capter la plus grande part. Près de seize cents emplois seraient soutenus dans l’Hexagone par cette activité. Pour Arianespace, ce flux de commandes commerciales est crucial afin d’assurer la montée en cadence industrielle et de maintenir la compétitivité face à la concurrence, notamment celle de SpaceX.

Au-delà des retombées économiques, cette collaboration interroge également sur le modèle de souveraineté spatiale européenne. Certains observateurs pointent la dépendance qui pourrait naître d’une trop forte exposition à un client étranger unique, dont les priorités pourraient évoluer avec les contingences géopolitiques ou commerciales. Les vols pour Amazon serviront néanmoins de banc d’essai précieux pour le futur déploiement d’Iris², le projet de constellation sécurisée porté par l’Union européenne dont les premiers lancements sont attendus avant la fin de la décennie. Le succès de cette première mission revêt donc une double importance, à la fois commerciale et stratégique, pour l’avenir de l’accès autonome de l’Europe à l’espace.

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