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À mains nues et sous la lueur des écrans, le Pakistan enterre ses morts

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Dans le nord du pays, des communautés entières, privées de tout, s’organisent pour rechercher leurs disparus après le passage dévastateur de la mousson.

Sous un ciel de suie, l’obscurité n’est percée que par la faible lueur des téléphones portables. Dans le village de Dalori, au cœur de la province du Khyber Pakhtunkhwa, des habitants et des secouristes fouillent sans relâche les amas de boue et de pierres qui furent leurs maisons. Privés d’électricité et de moyens techniques, ils œuvrent avec les outils du désespoir – une pelle, un marteau, ou simplement leurs mains nues – pour retrouver les leurs, vivants ou morts.

Parmi eux, un jeune étudiant nommé Saqib Ghani cherche sans répit les membres de sa famille ensevelis. Le corps de son père a déjà été extrait des décombres, mais d’autres restent introuvables. Des voisins tentent de le raisonner, de l’éloigner de cette scène d’horreur, lui offrant de l’eau et quelques paroles vaines face à une douleur sans nom.

La tragédie a frappé en quelques minutes seulement. Lundi matin, un grondement sourd a retenti au sommet des montagnes, suivi d’un torrent déferlant qui a tout emporté sur son passage. Quinze habitations ont été entièrement détruites, une vingtaine d’autres endommagées, et le bilan humain ne cesse de s’alourdir. Pour l’heure, dix-neuf personnes ont péri et une dizaine sont portées disparues.

Les témoins décrivent une scène apocalyptique. Gul Hazir, un survivant, se souvient de coulées boueuses encerclant le village par deux côtés, charriant d’énormes rochers qui ont pulvérisé les murs de terre et de bois. « Ce n’est même pas l’eau qui nous a frappés en premier, mais les pierres », confie-t-il, encore sous le choc.

Les autorités locales pointent du doigt une urbanisation incontrôlée, symptôme d’une pauvreté endémique et d’un manque de régulation. De nombreuses constructions se sont implantées dans le lit d’anciens cours d’eau, obstruant les voies d’écoulement naturelles et aggravant les inondations. Les engins de chantier peinent à accéder aux zones sinistrées, les routes étant impraticables et les chemins trop étroits.

Dans l’attente des secours officiels, la solidarité villageoise s’organise. Des pelleteuses s’activent pour déblayer les axes principaux, tandis que des troupeaux errent, abandonnés, dans les ruines inondées. La nuit venue, les téléphones servent de torches pour enterrer les morts, jusqu’à ce que leurs batteries s’éteignent, plongeant les survivants dans une obscurité totale.

Certaines femmes, recouvertes de grands châles, murmurent leur refus de rester. D’autres, comme Gul Hazir, expriment une amertume profonde. La semaine dernière encore, le village collectait des dons pour les districts voisins touchés par les intempéries. Personne n’imaginait que le malheur frapperait à leur porte si vite.

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