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La vie continue, sous les missiles, pour les travailleurs africains du Golfe

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Malgré les frappes aériennes qui secouent les capitales du Golfe, des milliers de migrants africains poursuivent leurs activités, tiraillés entre la peur et la nécessité économique.

Les sirènes d’alerte et les déflagrations sont désormais des bruits familiers dans le ciel de Dubaï, Abou Dabi ou Doha. Alors que les défenses antiaériennes s’activent pour intercepter des projectiles, une partie de la population reste à son poste. Parmi elle, des travailleurs originaires d’Afrique subsaharienne, dont la présence est essentielle au fonctionnement de ces économies florissantes. Pour eux, l’idée d’un retour précipité au pays n’est guère envisageable, tant les perspectives professionnelles et les revenus offerts ici dépassent ce qu’ils pourraient espérer chez eux.

Une employée kényane du secteur de la vente au détail décrit la sensation physique de l’onde de choc qui a ébranlé son immeuble. L’anxiété fut vive, confie-t-elle, mais le travail a repris ses droits presque immédiatement. Son témoignage rejoint celui d’un restaurateur camerounais, établi depuis plus d’une décennie dans la région. Ce dernier affirme, sans ambages, se sentir plus en sécurité aux Émirats arabes unis que dans son pays d’origine, où les opportunités sont rares. Cette conviction partagée par beaucoup explique en grande partie la résilience observée sur le terrain.

Les monarchies du Golfe emploient en effet une main-d’œuvre africaine substantielle, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, de la logistique ou des services domestiques. Les transferts d’argent vers les familles restées au pays constituent souvent un revenu vital. Aucun gouvernement africain n’a, à ce stade, annoncé de plan d’évacuation pour ses ressortissants, contrairement à certaines nations européennes. Les travailleurs se retrouvent donc livrés à leur propre appréciation du risque.

Cette appréciation est toutefois complexifiée par les conditions de séjour. Le système de parrainage, ou *kafala*, encore en vigueur sous diverses formes, peut limiter la liberté de mouvement des employés. La crainte de perdre son emploi ou de subir des sanctions dissuade beaucoup de s’exprimer ouvertement sur la situation sécuritaire. Un serveur kényan souligne ainsi la pression à garder son poste, tandis qu’une employée zimbabwéenne au Qatar évoque l’inquiétude des proches restés au pays, qui doutent de la véracité des informations transmises.

Le calcul est donc douloureux pour ces hommes et ces femmes. Ils doivent concilier l’impératif de sécurité immédiate avec la nécessité de subvenir aux besoins de leur famille, parfois à des milliers de kilomètres. Un jeune Ghanéen travaillant dans la logistique résume ce dilemme. Il n’envisage de quitter les lieux que si la menace devenait intenable, car un départ précipité priverait de ressources tous ceux qui dépendent de lui. Pour l’instant, la vie, avec son lot de peurs et de bruits sourds, continue entre deux alertes.

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