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La forêt congolaise, un patrimoine sous tension

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Face à la pression foncière et aux convoitises extérieures, des villages du nord-est de la République démocratique du Congo s’organisent pour préserver leurs terres ancestrales. Une initiative qui tente de concilier développement local et protection d’un écosystème vital.

Dans la province de la Tshopo, le bourdonnement des tronçonneuses se mêle désormais aux chants des travailleurs. Sous le couvert forestier, des communautés locales déploient des efforts considérables pour sécuriser juridiquement leurs espaces boisés. Cette mobilisation répond à une situation devenue critique, où les immenses étendues boisées du pays, cruciales pour la régulation du climat mondial, font l’objet de rivalités multiples. Entre populations autochtones, investisseurs privés et promoteurs de projets environnementaux, les tensions sur le foncier sont palpables et peuvent dégénérer.

Après un long parcours administratif, les habitants de la communauté de Yainyongo ont finalement obtenu, il y a trois ans, la concession officielle de plus de onze mille hectares. Cette formalisation leur permet de contrer ce qu’ils perçoivent comme une prédation de leurs ressources par des acteurs extérieurs. Le mécanisme de foresterie communautaire, instauré il y a une décennie, offre en théorie un cadre pour une gestion pérenne, tout en garantissant aux villageois la jouissance de leurs terres. Sur le terrain, cette gestion se traduit notamment par la production de charbon de bois, une activité économique essentielle mais dont l’impact sur la déforestation est significatif.

La recherche d’un équilibre entre exploitation et préservation guide les actions sur place. Plutôt que d’interdire des pratiques vitales pour les populations, des organismes d’appui promeuvent des méthodes agricoles innovantes. L’introduction de techniques de fertilisation des sols vise à stabiliser les cultivateurs, réduisant ainsi la nécessité de défricher de nouvelles parcelles chaque année. Cette approche pragmatique cherche à atténuer les pressions sur la forêt tout en améliorant les rendements agricoles.

Cependant, ce contexte reste extrêmement fragile. L’absence fréquente de titres de propriété clairs, le chevauchement des droits et l’arrivée de projets parfois contestés créent un terreau propice aux conflits. La région a récemment été le théâtre d’affrontements violents, nés de disputes foncières et attisés par des rumeurs. Des milices locales ont mené des raids, s’en prenant aux biens et aux personnes, illustrant les risques d’une escalade lorsque la question de la terre est instrumentalisée. Malgré des médiations, une paix précaire règne et les responsables de ces exactions n’ont pas été inquiétés.

Cette expérience met en lumière les défis colossaux de la gouvernance forestière en RDC. Elle démontre à la fois la résilience des communautés déterminées à protéger leur patrimoine et la complexité d’instaurer un modèle de développement durable dans un environnement marqué par l’insécurité juridique et la compétition pour les ressources. L’avenir de ces forêts communautaires dépendra de la capacité à pérenniser ces efforts collectifs face à des pressions qui, elles, ne faiblissent pas.

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