Économie
L’électrique français prend son envol dans le Nord
C’est dans le bassin industriel historique de Douai que se dessine la nouvelle géographie automobile française. Deux usines emblématiques, étroitement imbriquées, concrétisent désormais l’ambition d’une production électrique intégralement nationale.
Sur un vaste terrain de plus de dix hectares, deux géants industriels fonctionnent en parfaite symbiose. D’un côté, la Manufacture Renault, désormais entièrement dédiée à l’électrique, célèbre la production de sa cent millième Renault 5. De l’autre, la gigafactory du groupe AESC Envision, dont les lignes ultra-automatisées produisent les batteries nécessaires à cette nouvelle génération de véhicules. Ce site, opérationnel depuis le printemps dernier, représente le plus important investissement du fabricant en Europe.
L’activité y est déjà soutenue. L’usine de batteries, qui emploie près de mille personnes, fonctionne en continu pour répondre à la cadence de son client voisin. Son objectif est d’atteindre une capacité annuelle de dix gigawattheures d’ici peu, de quoi équiper jusqu’à deux cent mille véhicules. La moitié de cette production est d’ores et déjà destinée à Renault. Les responsables mettent en avant un taux de rebut remarquablement bas, de l’ordre de cinq pour cent, un indicateur de performance industrielle qui se compare favorablement à d’autres installations récentes dans la région.
Cette dynamique locale profite pleinement au constructeur automobile. La réussite commerciale de la Renault 5 électrique, devenue en un an le modèle le plus vendu dans son segment en France, a nécessité un renforcement significatif des effectifs sur le site de Douai. Près de neuf cents recrutements supplémentaires ont été réalisés, accompagnés d’une réorganisation des équipes pour assurer une production en trois shifts. Les dirigeants soulignent la compétitivité retrouvée de cette filière, soutenue par un réseau dense de fournisseurs situés majoritairement dans un rayon de trois cents kilomètres.
La collaboration technique entre les deux entités va encore se renforcer. Un système de transport automatisé est en cours de déploiement pour acheminer les batteries directement vers les lignes d’assemblage de Renault, optimisant ainsi la logistique. Cette intégration physique symbolise la constitution d’un écosystème industriel cohérent, salué par les acteurs locaux comme un signe de renaissance après des années difficiles pour le bassin d’emploi.
La stratégie technologique, cependant, suit plusieurs voies. L’usine AESC Envision de Douai produit actuellement des batteries de type NMC, réputées pour leur densité énergétique et leur recyclabilité, mais dont le coût reste élevé en raison de la volatilité des prix du cobalt. Pour ses modèles d’entrée de gamme comme la R5, Renault se tourne plutôt vers des batteries lithium-fer-phosphate, jugées plus abordables et dont la chaîne d’approvisionnement est mieux maîtrisée. Les batteries produites localement équiperont quant à elles les véhicules plus premium du groupe, confirmant la diversification des solutions techniques au sein d’une même filière de production.
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