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Un village américain déchiré par l’ombre de Trump

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Dans les rues paisibles de Berkeley Springs, les discussions politiques ont laissé place à un silence tendu.

Au cœur des Appalaches, la petite bourgade de Berkeley Springs en Virginie-Occidentale incarne les fractures qui traversent l’Amérique contemporaine. Les 850 habitants de cette localité autrefois unie par une quiétude rurale vivent désormais sous le signe d’une polarisation croissante, où chaque interaction quotidienne peut virer au terrain miné.

Les nouveaux arrivants, souvent issus de milieux urbains et progressistes, cohabitent difficilement avec les familles locales, ancrées dans un conservatisme traditionnel. L’évocation du nom de l’ancien président suffit à cristalliser les tensions, transformant les échanges anodins en sujets d’évitement. Kate Colby, commerçante de 44 ans, observe cette fracture avec inquiétude. « Ceux qui se taisaient auparavant s’expriment désormais, ce qui provoque des réactions en chaîne. Les voix s’élèvent, et les désaccords s’enveniment », constate-t-elle.

Dans son magasin orné d’un drapeau LGBT+, elle fait face aux pressions de certains riverains qui réclament son retrait. Une micro-tension révélatrice des clivages nationaux, où les prises de position du camp adverse sont perçues comme des provocations. Nicole Harris, propriétaire de chambres d’hôtes, a adopté une stratégie de prudence. Originaire de l’Oregon, elle évite soigneusement toute allusion politique avec sa clientèle majoritairement trumpiste, préférant préserver la paix sociale et ses intérêts commerciaux.

Plus bas dans le centre-ville, Beth Curtin, antiquaire depuis trente-six ans, incarne cette coexistence forcée. Bien qu’en désaccord profond avec les convictions de nombre de ses amies, elle s’impose une retenue systématique. « Dans une communauté aussi petite, on ne peut pas se permettre de rompre les liens. Alors je me tais », confie-t-elle.

À l’inverse, Scott Wetzel, retraité de 62 ans, assume sans détour son rejet des valeurs progressistes. Pour lui, la liberté prônée par les démocrates n’est qu’une illusion autoritaire. « Ils veulent m’imposer leur vision. Mais moi, je refuse de les écouter », lance-t-il, résumant une intransigeance partagée par beaucoup.

Les divisions ont même gagné les habitudes de consommation, certains habitants boycottant désormais les commerces tenus par des opposants politiques. Une fragmentation qui inquiète les esprits modérés. « Nous devons retrouver cette capacité à vivre ensemble, comme avant », plaide Kate Colby.

Le maire Greg Schene tente, quant à lui, de jouer les conciliateurs. Face à ce « melting pot » devenu explosif, il prône la recherche d’un terrain d’entente, saluant les passants avec un sourire qui masque mal l’ampleur des défis. Dans les rues de Berkeley Springs, l’Amérique se regarde en miroir, et le reflet est loin d’être apaisé.

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