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Un évêque polonais face à la justice pour non-dénonciation d’agressions sexuelles

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Pour la première fois dans le pays, un prélat comparaît pour ne pas avoir signalé à la justice des faits de pédocriminalité commis par des prêtres de son diocèse. Cette audience marque un tournant dans la gestion par l’Église catholique locale de ces affaires.

L’évêque Andrzej Jez, à la tête du diocèse de Tarnów dans le sud-est du pays, est entendu par le tribunal correctionnel de la ville. Les faits reprochés remontent à plusieurs années. Le parquet estime que le prélat était informé de comportements criminels de deux membres du clergé envers des enfants de chœur, sans en avoir averti les autorités civiles. L’un des deux prêtres mis en cause est soupçonné d’avoir commis des agressions sur près d’une centaine de mineurs, dans une affaire qui constitue l’une des plus importantes du genre en Pologne.

La défense de l’évêque, par la voix de la curie diocésaine, conteste ces accusations. Elle affirme que les autorités du diocèse ont transmis à plusieurs reprises des signalements aux instances compétentes ces dernières années, dans le cadre d’une politique affichée de « tolérance zéro ». L’avocat du prélat a refusé de s’exprimer avant l’ouverture des débats. Jusqu’à présent, les procureurs polonais avaient souvent renoncé à poursuivre des dignitaires ecclésiastiques pour ce motif, invoquant une obligation de signalement introduite seulement en 2017 dans le code pénal.

Cette procédure judiciaire intervient dans un contexte de pressions accrues sur l’institution pour qu’elle rende des comptes. Depuis 2020, le Vatican a sanctionné plusieurs évêques polonais pour négligence ou dissimulation dans des dossiers d’abus sur mineurs. Les révélations ont même touché la mémoire de Jean-Paul II, mis en cause pour sa gestion présumée de tels cas lorsqu’il était archevêque de Cracovie.

Un rapport interne publié en 2021 par l’épiscopat polonais avait recensé, pour la période allant de 1958 à 2020, plusieurs centaines de signalements impliquant des prêtres ou religieux, dont près de la moitié concernaient des enfants de moins de quinze ans. Les observateurs estiment toutefois que ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité, de nombreuses victimes ne portant plainte que des années après les faits.

Face à cette situation, des associations et des victimes réclament depuis longtemps la mise en place d’une commission d’enquête indépendante. Les évêques doivent se réunir prochainement pour discuter de la création d’une instance interne, dont les contours restent à définir. Ces affaires, combinées à d’autres facteurs sociétaux, semblent avoir accéléré un mouvement de sécularisation dans le pays, où la pratique religieuse régulière a significativement diminué au cours des dernières décennies.

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