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Suakin, la cité de corail oubliée de la mer Rouge, attend son retour en grâce

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Ancien carrefour commercial majeur, le port historique soudanais, aujourd’hui en ruines, fait l’objet de projets de restauration fragiles, suspendus aux aléas politiques et à la paix dans le pays.

Les pierres blanches de corail, extraites des fonds marins il y a des siècles, racontent encore la splendeur passée de Suakin. Ce port antique, dont l’existence remonterait à plus de trois millénaires, fut longtemps surnommé la ville blanche. Son maire, héritier d’une lignée tribale qui administre les lieux depuis des générations, évoque avec fierté un héritage qu’il fait remonter à l’époque du roi Salomon, insistant sur la valeur inestimable de ce site pour le Soudan.

Le paysage actuel est cependant celui d’un champ de ruines, où l’air salin et le temps ont érodé les façades ouvragées des anciennes demeures de marchands et des édifices publics. Seuls quelques chantiers de restauration, comme celui d’une mosquée abritant la tombe d’un cheikh soufi, rompent cette impression d’abandon. Financés par des fonds internationaux et supervisés par des experts, ces travaux mobilisent une nouvelle génération, à l’image de jeunes architectes formés sur place, déterminés à sauver des techniques de construction aujourd’hui disparues.

Le déclin de Suakin fut brutal. Au début du vingtième siècle, les autorités coloniales britanniques lui préférèrent le nouveau port en eau profonde de Port-Soudan, condamnant l’ancien comptoir à l’exode et à l’oubli. La tribu locale, cependant, refusa de quitter les lieux, conservant une autorité symbolique sur la cité déchue. Un regain d’activité intervint dans les années 1990 avec l’ouverture d’une liaison maritime vers l’Arabie saoudite, mais sans parvenir à inverser durablement la tendance.

Les espoirs de renaissance prirent une nouvelle dimension en 2017, lorsqu’un accord fut signé avec la Turquie pour un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans, visant à développer le tourisme et les infrastructures. Ce partenariat, perçu avec méfiance par certains pays riverains de la mer Rouge, conduisit à la rénovation de plusieurs monuments emblématiques. Mais la chute du régime en place en 2019, puis le déclenchement d’un conflit armé en 2023, ont gelé les ambitions et anéanti les prémices d’une industrie touristique, mettant un terme aux visites de croisiéristes et de plongeurs.

Aujourd’hui, dans le silence des pierres, les artisans et les habitants nourrissent l’espoir ténu d’un avenir meilleur. Ils imaginent des festivals et voient revenir, avec le retour de la paix, les visiteurs curieux de découvrir ce patrimoine unique. La restauration de la mosquée, qui devrait s’achever dans quelques mois, symbolise cette attente. L’avenir de Suakin, joyau architectural au destin contrarié, reste suspendu à la fin des hostilités et à la capacité du pays à préserver sa mémoire tout en se projetant vers demain.

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