Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Niscemi, une ville suspendue au-dessus du vide

Article

le

Une portion de la commune sicilienne, fragilisée par un glissement de terrain historique, vit désormais dans l’attente. Près de 1 500 habitants ont dû quitter leurs logements, tandis que les autorités redoutent une extension de la fracture.

Les rues de certains quartiers de Niscemi sont désormais silencieuses, parcourues seulement par des patrouilles de police. La vie s’est brutalement interrompue après l’effondrement, dimanche, d’un pan de colline long de quatre kilomètres. Cet événement a entraîné l’évacuation préventive d’environ 1 500 personnes et la mise en place d’un périmètre de sécurité interdit d’accès. Les maisons situées en bordure de la faille, qualifiées de zone rouge, sont considérées comme trop dangereuses pour y séjourner.

Gaetano Ferrera a eu juste le temps de récupérer quelques effets personnels avant de devoir verrouiller sa porte, peut-être pour la dernière fois. Comme des centaines d’autres familles, la sienne ignore si elle pourra un jour réintégrer son domicile. « Tous mes souvenirs sont là », confie-t-il, évoquant avec émotion la maison où il a grandi. Ses parents âgés et ses deux filles partagent cette incertitude, face à un avenir immédiat placé sous le signe de l’urgence.

Les experts surveillent avec une extrême vigilance l’évolution de la situation. La terre, saturée d’eau après les intempéries qui ont frappé le sud de l’Italie la semaine dernière, reste instable. Selon les spécialistes, les pluies annoncées pour les prochains jours pourraient aggraver le phénomène et provoquer un nouvel effritement du terrain, menaçant directement une vingtaine de mètres supplémentaires de falaise. Des drones et des images satellitaires sont mobilisés pour évaluer en temps réel la vitesse de déplacement des sols.

La visite sur place de la Première ministre italienne a souligné la gravité de la crise. Après un survol en hélicoptère du versant déchiqueté et des profondes fissures qui zèbrent les champs alentour, elle a reconnu la difficulté à prévoir les prochaines étapes. La priorité des services de secours est désormais d’attendre un assèchement des sols, une perspective compromise par les prévisions météorologiques.

Cette catastrophe met en lumière une vulnérabilité ancienne. Niscemi, construite sur un substrat d’argile sableuse, avait déjà connu un épisode similaire il y a près de trente ans. Des rapports signalant l’instabilité du site remonteraient même à plus de deux siècles. Pour les géologues, l’événement actuel s’inscrit dans un contexte plus large d’accélération des phénomènes météorologiques extrêmes, liée au changement climatique. La Sicile, considérée comme un point chaud de ce dérèglement, a enregistré à elle seule près d’une cinquantaine d’événements exceptionnels l’an dernier.

Alors que des cuisines mobiles distribuent des repas chauds aux personnes délogées, l’heure est à la résignation pour certains. Rosario Cona, un ouvrier agricole dont la maison se trouve à quelques mètres seulement du précipice, se prépare psychologiquement à tout perdre. « Je suis né ici et j’y mourrai », affirme-t-il, déterminé à reconstruire si nécessaire, tout en constatant, impuissant, que la terre s’est simplement dérobée, sans un bruit. Cette crise relance le débat sur l’urbanisation dans des zones à risque, alors que plus d’un million d’Italiens résident dans des secteurs classés à haut risque de mouvement de terrain.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus