Monde
Népal, la réconciliation inattendue entre citoyens et forces de l’ordre
Quatre mois après des violences ayant embrasé la capitale, les habitants d’un quartier de Katmandou ont financé l’achat d’un nouveau véhicule de police, marquant un geste de soutien envers une institution fragilisée.
Le poste de police de Janasewa, dans la capitale népalaise, porte encore les stigmates des événements de septembre dernier. Sa façade noircie rappelle l’incendie qui a ravagé le bâtiment lors des émeutes ayant conduit à la chute du gouvernement. Aujourd’hui, un fourgon d’intervention flambant neuf, financé par les riverains, stationne devant ces murs endommagés. Ce don symbolise un rapprochement singulier entre la population et ses forces de sécurité, dans un contexte où les inquiétudes sécuritaires demeurent vives.
L’initiative est née d’un constat partagé par plusieurs habitants. « En cas de problème, nous faisons appel à la police, explique l’un d’eux. Mais vers qui se tourner lorsque ce sont les policiers eux-mêmes qui sont menacés ? » Cette réflexion a conduit à une collecte de fonds ayant permis de réunir près de dix millions de roupies, soit environ soixante mille euros. La somme a été affectée à l’acquisition d’un véhicule de fabrication japonaise, entièrement équipé pour les interventions d’urgence.
Les tensions remontent à l’automne, lorsque des manifestations massives, portées par une jeunesse dénonçant la corruption et le chômage, ont été sévèrement réprimées. Les forces de l’ordre avaient ouvert le feu, faisant une vingtaine de morts et des centaines de blessés. Le lendemain, la colère populaire s’était transformée en émeutes généralisées, ciblant les symboles du pouvoir, dont de nombreux commissariats. Le Premier ministre avait été contraint à la démission.
Les policiers, perçus comme les représentants directs de l’État, sont alors devenus des cibles. Plusieurs centaines de postes ont été attaqués à travers le pays, une centaine entièrement détruits. Des agents ont été blessés, certains ont perdu la vie. Les pertes matérielles, véhicules et équipements, ont été considérables. À Janasewa, le bâtiment sur deux étages et l’intégralité de sa flotte automobile ont été réduits en cendres.
Dès le rétablissement du calme par l’armée, un mouvement de solidarité spontané a vu le jour. Des citoyens se sont présentés aux portes des commissariats endommagés pour proposer leur aide à la reconstruction. « Les gens sont venus avec ce qu’ils avaient pour réparer les bâtiments », confirme un haut responsable de la police de la capitale. Cette mobilisation a été interprétée comme un signe de soutien de la part d’une frange de la population, préoccupée par le maintien de l’ordre public.
Pour les autorités policières, cet élan a joué un rôle déterminant dans la relance des activités. Le poste de Janasewa, par exemple, est désormais pleinement opérationnel, bien qu’il n’ait bénéficié d’aucune enveloppe budgétaire du gouvernement intérimaire en place. Son responsable affirme que le moral des équipes est désormais au plus haut, et que l’institution se prépare à assurer la sécurité des prochaines échéances électorales. La police nationale envisage par ailleurs de renforcer ses effectifs avec des agents temporaires pour faire face à ses missions.
Ce rapprochement, né dans l’adversité, illustre une évolution complexe des relations entre la population et ses forces de l’ordre. Il témoigne d’une reconnaissance mutuelle de leur interdépendance face aux défis sécuritaires. Alors que le pays se prépare à tourner une page politique tumultueuse, ce geste de reconstruction collective pourrait poser les bases d’une relation apaisée, fondée sur une responsabilité partagée de la protection civile.
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