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Nairobi paralysée : violences et tensions lors des manifestations historiques « Saba Saba »

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La capitale kényane vit au ralenti ce lundi, tandis que les affrontements entre forces de l’ordre et contestataires enflamment les quartiers périphériques, dans un climat de défiance croissante envers le pouvoir.

Le cœur de Nairobi, habituellement bouillonnant d’activité, ressemblait à une ville fantôme ce lundi. Les artères principales étaient bloquées, les commerces clos, et seuls quelques policiers en tenue antiémeute arpentaient les rues désertes. Cette paralysie volontaire marquait la Journée « Saba Saba », une date symbolique commémorant le soulèvement populaire de 1990 qui avait précipité la fin du régime autoritaire de Daniel arap Moi.

Cette année, l’événement a pris une dimension particulière, se superposant à un mouvement de protestation inédit contre la politique du président William Ruto. Depuis plus d’un an, des milliers de Kényans, majoritairement jeunes et urbains, dénoncent la hausse des taxes, la corruption et les violences policières. En périphérie de la capitale, des heurts sporadiques ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre, ces dernières ripostant aux jets de pierres par des gaz lacrymogènes. Plusieurs blessés ont été évacués, tandis que des slogans hostiles au chef de l’État résonnaient dans les rues.

Le mouvement, né en 2023 sous l’impulsion de la « Génération Z », réclame désormais ouvertement le départ de Ruto, accusé d’avoir trahi ses promesses électorales. Malgré une alliance récente avec l’opposant historique Raila Odinga, le président peine à apaiser la colère populaire. Les précédentes manifestations, fin juin, avaient déjà dégénéré en pillages et affrontements meurtriers, faisant une vingtaine de morts selon les bilans officiels.

Les critiques internationales s’accumulent contre les méthodes répressives des autorités. Plusieurs ONG et l’ONU ont condamné les exactions policières, exigeant des enquêtes indépendantes. Dimanche, une attaque armée contre le siège de la Commission kényane des droits humains a encore assombri le tableau, relançant les craintes d’une escalade autoritaire.

Pour les observateurs, la situation actuelle rappelle étrangement les heures sombres des années 1990. Pourtant, comme le soulignent certains analystes, le Kenya de 2025 n’est plus celui de l’ère Moi : la jeunesse, connectée et déterminée, refuse désormais toute forme de répression silencieuse. Le pouvoir, lui, semble encore chercher la bonne réponse face à une contestation qui ne faiblit pas.

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