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L’Ukraine renforce ses institutions anticorruption sous pression populaire et européenne

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Le Parlement ukrainien a adopté une loi cruciale garantissant l’autonomie des agences de lutte contre la corruption, répondant aux exigences de la société civile et de Bruxelles.

Le président Volodymyr Zelensky a promulgué jeudi un texte législatif rétablissant l’indépendance des principales instances chargées de combattre la corruption. Cette décision fait suite à un précédent projet, adopté fin juillet, qui avait suscité de vives critiques en raison du contrôle accru qu’il accordait au pouvoir exécutif sur ces organismes. Le nouveau dispositif, voté à une large majorité par les députés, marque un revirement significatif après plusieurs jours de tensions politiques et de mobilisations citoyennes.

Les agences concernées, notamment le Bureau national anticorruption (NABU) et le Parquet spécialisé (SAP), retrouvent ainsi leur autonomie opérationnelle, une condition essentielle pour préserver leur crédibilité. Le Premier ministre Ioulia Svyrydenko a salué cette avancée, soulignant que le texte écartait tout risque d’ingérence extérieure dans leurs investigations. Elle y voit également un signal fort envoyé aux partenaires européens de l’Ukraine, alors que le pays poursuit son processus d’intégration à l’UE.

La version initiale de la loi, adoptée le 22 juillet, avait provoqué une vague de mécontentement en plaçant ces institutions sous la tutelle du procureur général, nommé par le président. Des centaines de manifestants s’étaient rassemblés devant le Parlement pour exiger son abrogation, dans un rare mouvement de protestation depuis le début de la guerre avec la Russie. L’Union européenne avait alors exprimé ses réserves, qualifiant cette réforme de « recul préoccupant » pour l’État de droit.

Bruxelles a accueilli favorablement le vote du nouveau texte, tout en rappelant que la lutte contre la corruption demeurait un chantier prioritaire pour l’Ukraine. Les autorités européennes devront néanmoins examiner le dispositif dans le détail avant de se prononcer définitivement.

Sur le terrain, les manifestants présents devant la Rada ont salué cette issue, tout en réaffirmant leur vigilance. Pour beaucoup, cette mobilisation dépassait la simple question anticorruption. Il s’agissait aussi, selon eux, de rappeler aux dirigeants leur responsabilité envers une société engagée dans un conflit meurtrier.

Volodymyr Zelensky, confronté à l’une des crises politiques les plus sérieuses de son mandat, avait initialement défendu la première mouture de la loi, invoquant des failles sécuritaires et des risques d’infiltration russe. Sous la pression, il a finalement opté pour un compromis, intégrant des mécanismes de contrôle renforcés, comme des tests de détection de mensonges pour les personnels ayant accès aux informations sensibles.

Ce revirement illustre les équilibres délicats auxquels est confronté le pouvoir ukrainien, tiraillé entre les exigences de transparence et les impératifs sécuritaires en temps de guerre.

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