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L’ombre persistante d’une nuit de janvier

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Les récits de Caracas révèlent une société hantée par le souvenir des frappes et confrontée à un climat de peur et de surveillance.

Le silence qui règne aujourd’hui dans les rues de la capitale vénézuélienne dissimule mal les traces d’un événement dont la population porte encore le poids. Les souvenirs de la nuit du 3 janvier restent vifs pour ceux qui en furent les témoins directs. À quelques centaines de mètres du principal complexe militaire de la ville, une habitante, prénommée Maria, décrit une scène de désarroi. Elle évoque les éclairs de lumière, les secousses, le bruit assourdissant et la panique qui s’ensuivit dans son immeuble. Depuis, le sentiment d’insécurité ne l’a plus quittée. Les bruits de la ville, autrefois anodins, provoquent désormais des sursauts. Sa plus grande angoisse concerne désormais la sécurité de son fils adolescent, une inquiétude qu’elle formule sans jamais prononcer le mot qui hante tous les esprits.

Cette anxiété diffuse est partagée par de nombreux habitants. Les spécialistes de la santé mentale observent une recrudescence de symptômes liés au stress post-traumatique, avec des troubles du sommeil et des pensées intrusives. Les lignes d’écoute psychologique, dont les horaires ont été étendus, ne désemplissent pas. Les appels témoignent souvent d’un état d’alerte permanent et d’une profonde détresse. Face à cette menace diffuse, certains adoptent des comportements de préparation, constituant des réserves de première nécessité au sein même de leur domicile, dans une tentative de reprendre le contrôle sur l’imprévisible.

Cette peur s’inscrit dans un contexte politique particulier. L’état d’urgence décrété dans la foulée des événements a renforcé un climat de surveillance. Des organisations locales rapportent des contrôles renforcés, avec des fouilles de téléphones portables aux points de contrôle, à la recherche de contenus jugés sensibles. La simple détention d’une photographie des événements sur son appareil mobile peut devenir une source d’angoisse, par crainte de représailles. Pour les observateurs, le calme apparent des espaces publics relève moins de l’indifférence que d’une forme de résignation prudente, nourrie par la crainte des autorités.

Le paysage urbain porte encore les stigmates matériels de cette nuit, avec des bâtiments endommagés dans certains quartiers. Mais au-delà des dégâts visibles, c’est une blessure psychologique collective qui semble s’être ouverte. Les habitants, déjà éprouvés par des années de difficultés, doivent maintenant composer avec cette nouvelle couche d’incertitude. L’avenir immédiat se résume pour beaucoup à une tentative de préserver un quotidien fragile, tandis que la mémoire des explosions continue de résonner dans l’intimité des foyers.

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