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L’essor de l’intelligence artificielle en Asie du Sud-Est, un défi pour l’énergie et l’eau

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La multiplication des infrastructures numériques, indispensable au développement de l’IA, impose une pression croissante sur les réseaux électriques et les réserves hydriques de la région, suscitant des interrogations sur la soutenabilité de cette croissance.

Près de Jakarta, dans un complexe aux dimensions imposantes, des milliers de serveurs alignés opèrent dans un bourdonnement constant. Cette installation, propriété de Microsoft, est emblématique d’une tendance de fond. L’Asie du Sud-Est connaît en effet une expansion rapide de ses centres de données, infrastructures critiques portées par le déploiement massif des applications d’intelligence artificielle. Ces immenses entrepôts du numérique, qui hébergent et traitent les flux de données, se multiplient à un rythme soutenu, transformant le paysage économique et technologique régional.

Cette dynamique s’accompagne cependant d’une demande énergétique et hydrique considérable. Le refroidissement des équipements, indispensable à leur fonctionnement, représente un défi majeur. Si des systèmes en circuit fermé, similaires à des radiateurs automobiles, permettent de limiter la consommation d’eau, l’augmentation de la puissance de calcul nécessaire aux dernières générations de puces accroît mécaniquement les besoins. Les experts anticipent ainsi un triplement des capacités de calcul dans la région d’ici à 2030, une projection qui interroge la résilience des ressources locales.

L’implantation de ces centres s’est intensifiée dans plusieurs pays, notamment en Malaisie, en Thaïlande, en Indonésie, aux Philippines et au Vietnam. Cette redistribution géographique fait suite à des moratoires temporaires imposés par Singapour, confronté à des contraintes foncières et énergétiques. Pour les gouvernements, ces investissements sont perçus comme une opportunité de modernisation économique et de création d’emplois spécialisés. Les géants technologiques, pour leur part, se livrent à une concurrence acharnée pour asseoir leur présence et capter les marchés émergents.

La dépendance persistante de nombreux réseaux électriques nationaux aux énergies fossiles, en particulier au charbon, constitue un point de friction environnemental. En Indonésie, où l’essentiel de l’électricité est produite par des centrales thermiques, la consommation des data centers pourrait être multipliée par quatre dans les prochaines années. Les opérateurs affirment s’engager en faveur de la transition énergétique, en contractualisant avec des fournisseurs pour accroître la part des renouvelables, comme l’éolien, le solaire ou l’hydroélectricité. Ils rappellent également ne pas être directement responsables de la production d’électricité.

Au-delà de l’énergie, la question de l’eau représente une préoccupation tout aussi aiguë, notamment dans des mégapoles comme Jakarta, déjà fragilisées par des problèmes de subsidence liés au pompage des nappes phréatiques. La gestion durable de cette ressource devient un impératif pour les nouveaux projets. Les entreprises misent sur des technologies de refroidissement plus efficaces pour limiter leur empreinte hydrique à long terme. La course à la puissance de calcul, cependant, laisse présager une complexification continue des infrastructures et une augmentation probable de leur appétit en ressources, posant in fine la question de l’équilibre entre innovation technologique et contraintes environnementales.

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