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Les pesticides, une menace diffuse pour la faune des campagnes

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Deux études scientifiques menées dans les plaines céréalières françaises révèlent des effets préoccupants des produits phytosanitaires sur la santé des oiseaux, alimentant le débat sur les modèles agricoles.

Les travaux du Centre d’études biologiques de Chizé, conduits sur un vaste territoire des Deux-Sèvres, apportent des éléments concrets sur les conséquences indirectes de l’utilisation des pesticides. Ces recherches, présentées récemment, mettent en lumière des altérations physiologiques et parasitaires chez plusieurs espèces aviaires, interrogeant l’impact global de ces substances sur les écosystèmes agricoles.

Une première étude s’est penchée sur la perdrix grise, un oiseau en net recul. Des individus nourris avec des céréales issues de l’agriculture conventionnelle ont présenté, après plusieurs mois, des signes de détérioration progressive de leur condition physique. Les analyses ont détecté dans leur organisme des résidus chimiques absents de leur alimentation, indiquant une contamination environnementale diffuse. Les oiseaux les plus exposés à un cocktail de molécules ont montré une baisse d’activité, un affaiblissement de signaux visuels liés à la reproduction et une vigilance réduite.

Parallèlement, une seconde enquête s’est intéressée aux passereaux fréquentant les bordures de champs. Elle établit un lien entre le type d’agriculture pratiquée et la nature des parasites affectant ces oiseaux. Dans les zones de culture intensive, les volatiles hébergent moins de parasites externes, comme les tiques, mais sont significativement plus touchés par des parasites du sang. Cette prévalence accrue pourrait constituer un facteur explicatif de leur déclin démographique. À l’inverse, dans les secteurs dominés par l’agriculture biologique, le tableau s’inverse, les oiseaux affichant un système immunitaire apparemment plus robuste face à ces infections sanguines.

Ces observations convergent vers un constat. L’exposition chronique à des mélanges de pesticides, même à des doses non létales, semble exercer une pression subtile mais réelle sur la santé animale. Les chercheurs soulignent l’interdépendance entre la santé des écosystèmes, celle de la faune et, in fine, la santé humaine. Ils plaident pour une transition accélérée vers des systèmes de production intégrant davantage les processus naturels, arguant que la réintroduction de la biodiversité dans les paysages agricoles constitue un levier essentiel.

La question économique, souvent centrale dans les débats, est également abordée. Des travaux antérieurs du même laboratoire indiquent que la réduction des intrants sur des parcelles céréalières peut entraîner une légère baisse de rendement. Cette perte serait cependant compensée, voire surcompensée, par les économies réalisées sur les achats de produits phytosanitaires, améliorant la marge nette d’une majorité d’exploitants. Ces éléments alimentent la réflexion sur la viabilité et la résilience à long terme des différents modèles agricoles.

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