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Les enfants oubliés de l’occupation japonaise aux Philippines

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Des octogénaires philippins poursuivent, huit décennies plus tard, une quête douloureuse pour retrouver leurs racines nippones.

Jose Villafuerte a attendu plus de quatre-vingts ans avant de pouvoir se recueillir sur la tombe de son père. Ce Philippin de 82 ans, né d’une mère locale et d’un officier japonais stationné dans l’archipel pendant la Seconde Guerre mondiale, incarne le destin complexe des « Nikkei-jin ». Ces métis, issus de relations entre soldats nippons et femmes philippines, ont longtemps porté le poids d’une double identité marquée par les stigmates de l’Histoire.

Grâce à l’aide d’une association spécialisée, l’ancien fossoyeur a finalement localisé la sépulture de Ginjiro Takei à Takatsuki, près d’Osaka. Une découverte tardive qui lui a également permis de rencontrer ses demi-frères et sœurs, identifiés par des tests ADN. « Ma mère aurait été soulagée », confie-t-il, évoquant les efforts infructueux de sa famille pour établir ce lien.

Le cas de M. Villafuerte n’est pas isolé. Environ 3 000 personnes partagent cette histoire méconnue, souvent nées avant le conflit de pères japonais installés aux Philippines comme civils, puis enrôlés de force dans l’armée impériale. Après 1945, la plupart de ces hommes ont été rapatriés, laissant derrière eux des enfants confrontés à l’hostilité dans un pays traumatisé par l’occupation. « On me traitait de fils de démon », se souvient l’octogénaire, rappelant les brimades subies durant son enfance.

Depuis 2003, Tokyo soutient officiellement les démarches de ces descendants pour retrouver leurs origines. Une reconnaissance tardive, alors que seuls une centaine de Nikkei-jin survivent aujourd’hui. Maria Corazon Nagai, 82 ans, a récemment opté pour la nationalité japonaise après avoir découvert que son père était un ingénieur plutôt qu’un militaire. Malgré son incapacité à retrouver sa famille nippone, elle affirme avoir trouvé la paix en assumant pleinement son héritage.

Ces parcours individuels soulèvent des questions plus larges sur les séquelles des guerres et les identités fracturées. Alors que les derniers témoins disparaissent, leur quête devient une course contre la montre pour écrire une page longtemps occultée de l’histoire commune entre les deux nations.

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