Planète
Les communautés congolaises en première ligne pour la préservation de leurs forêts
Face à la pression foncière et aux convoitises extérieures, des villages du nord-est de la République démocratique du Congo s’organisent pour gérer collectivement leurs ressources forestières, dans un contexte marqué par des tensions locales et des défis environnementaux majeurs.
Dans la province de la Tshopo, au nord-est de la République démocratique du Congo, le chant des bûcherons résonne toujours sous la canopée. Ici, comme ailleurs dans le pays, les vastes étendues boisées, cruciales pour l’équilibre climatique mondial, font l’objet de convoitises multiples. Entre les communautés locales, les détenteurs de concessions et les acteurs des marchés du carbone, les disputes foncières sont fréquentes, parfois sources de violences. Pour y faire face, un mouvement se structure.
Après plusieurs années de démarches administratives, les habitants de la communauté de Yainyongo, regroupant plusieurs villages, ont obtenu en 2023 des titres de concession officiels couvrant plus de onze mille hectares de forêt. Ce dispositif, dit de « foresterie communautaire », permet aux populations de sécuriser leur accès à la terre et d’en organiser l’exploitation selon des principes de durabilité. Il vise à contrer l’accaparement par des investisseurs, que les villageois accusent souvent de s’approprier les ressources contre des compensations dérisoires.
Sur le terrain, cette gestion collective se traduit par des activités économiques essentielles, comme la production de charbon de bois destiné aux marchés urbains. Si cette pratique génère des revenus indispensables, elle participe également à la réduction du couvert forestier, un phénomène qui préoccupe les observateurs. Pour concilier développement local et préservation, des techniques agricoles alternatives sont promues, visant à intensifier les cultures sur des parcelles fixes et ainsi limiter l’extension des zones défrichées.
Cette approche ne fait toutefois pas l’unanimité et se heurte à des réalités complexes. La région connaît une forte croissance démographique, exacerbant la compétition pour la terre. L’attribution parfois opaque de concessions, y compris pour des projets de compensation carbone, peut susciter des mécontentements et miner la confiance. Les conflits fonciers, alimentés par des chevauchements de droits et des rivalités communautaires, dégénèrent parfois en affrontements.
La communauté de Yainyongo elle-même a été touchée par les retombées d’un différend violent ayant éclaté dans un territoire voisin, illustrant la fragilité du contexte. Des médiations ont permis un retour au calme, mais les tensions latentes persistent. Dans ce paysage incertain, la sécurisation des droits fonciers par les communautés apparaît comme un outil parmi d’autres pour tenter d’instaurer un équilibre entre les impératifs de subsistance, la protection d’un écosystème vital et la recherche d’une paix sociale durable.
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