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Les chauffeurs de bus péruviens face à la terreur des gangs

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Au Pérou, les conducteurs de bus subissent quotidiennement la violence de groupes criminels qui imposent leur loi par la menace et les armes. Leur profession est devenue l’une des plus dangereuses du pays.

Dans les quartiers populaires de Lima, chaque départ en service peut se transformer en dernier voyage. Marco Antonio Huaman en a fait l’amère expérience lorsqu’un individu est monté dans son véhicule pour lui loger une balle dans la jambe. L’agresseur a clairement signifié que ce geste constituait un avertissement à l’intention de sa compagnie de transport. Les entreprises de bus doivent désormais composer avec des systèmes d’extorsion organisés qui réclament des versements mensuels sous peine de représailles immédiates.

Cette situation reflète une crise sécuritaire généralisée qui secoue l’ensemble du territoire péruvien. La capitale, peuplée de dix millions d’habitants, connaît une escalade de violences qui a récemment conduit au renversement du gouvernement et au déploiement des forces armées dans les rues. Les statistiques officielles font état de cent deux homicides liés au racket pour la seule année 2024, les chauffeurs de bus et de mototaxis figurant parmi les premières cibles. Le syndicat des transporteurs rapporte que près de cinquante conducteurs ont perdu la vie depuis le début de l’année dans la région de Lima.

Les agressions surviennent généralement de nuit, souvent sous les yeux des passagers impuissants, créant un climat de terreur permanent. Marco Antonio Huaman, toujours convalescent, montre les images de son attaque où il git inanimé dans son bus. Il confie vivre désormais dans une anxiété constante, évoquant même des symptômes dépressifs qui l’empêchent d’envisager un retour au volant. Deux autres conducteurs de sa compagnie ont subi le même sort ces derniers mois.

Beaucoup de professionnels songent à abandonner ce métier devenu trop périlleux, mais les alternatives manquent cruellement. David, quarante-huit ans, explique devoir supporter ces conditions de travail extrêmes pour les vingt-cinq dollars quotidiens qui font vivre sa famille. Travaillant quatorze heures par jour, il avoue penser constamment à démissionner, mais la précarité économique le rattrape immanquablement. La peur de ne pas revenir vivant hante désormais chaque départ.

Le phénomène s’inscrit dans un contexte national où l’économie informelle concerne près de soixante-dix pour cent des travailleurs, offrant un terreau fertile au recrutement de jeunes désœuvrés par les réseaux criminels. Entre janvier et septembre, les plaintes pour extorsion ont augmenté de vingt-neuf pour cent, dépassant les vingt mille cas enregistrés. Certains chauffeurs, comme Marco Antonio, expriment ouvertement leur admiration pour les politiques de sécurité drastiques mises en œuvre dans d’autres pays d’Amérique latine, rêvant d’un environnement où exercer leur métier sans risquer leur vie à chaque tournant.

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