Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Le santour, ultime héritage musical du Cachemire

Article

le

Dans l’atelier du dernier artisan de Srinagar, résonne la mémoire fragile d’un instrument séculaire que plus personne ne sait fabriquer.

Au cœur de la capitale du Cachemire indien, Ghulam Mohammad Zaz perpétue un savoir-faire ancestral menacé de disparition. Le septuagénaire consacre ses journées à la fabrication manuelle de santours, ces cithares traditionnelles dont la sonorité envoûtante incarne depuis des siècles l’identité musicale de la région. Dans son modeste atelier imprégné d’effluves de bois ancien, il ne produit qu’une dizaine d’instruments par an, chacun exigeant des semaines de travail méticuleux.

Ce dépositaire d’une tradition familiale remontant à huit générations constate avec amertume l’absence de successeur. « Personne ne maîtrise plus cet artisanat », déplore l’artisan, dont les créations trouvent preneurs jusqu’en Europe et au Moyen-Orient. La transmission interrompue de ce patrimoine immatériel reflète les mutations culturelles qui affectent cette terre himalayenne, divisée entre l’Inde et le Pakistan depuis 1947.

Le santour connaît pourtant des cycles de renaissance. Au milieu du siècle dernier, le virtuose Shivkumar Sharma l’a introduit dans le répertoire classique indien, élargissant considérablement sa notoriété. Mais l’engouement pour les instruments occidentaux et les musiques internationales a progressivement marginalisé cette tradition locale. Les commandes se sont raréfiées, accentuant la précarité de sa préservation.

Pourtant, des signes de renouveau apparaissent. Selon des observateurs de la scène musicale cachemirie, une jeune génération redécouvre depuis quelques années les vertus des instruments traditionnels. Ce regain d’intérêt, bien que modeste, offre une lueur d’espoir pour la survie du santour dont les notes cristallines continuent de charmer les mélomanes. La persistance de sa fabrication artisanale demeure le dernier rempart contre l’oubli définitif de ce pan entier de la culture régionale.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus