Économie
Le réseau CB, rempart français face aux géants américains du paiement
Alors que les cartes Visa et Mastercard dominent une large part du marché, le groupement français Cartes Bancaires entend incarner la souveraineté européenne en matière de transactions financières.
Le groupement d’intérêt économique Cartes Bancaires, fondé en 1984, demeure l’acteur prépondérant sur le territoire national avec près de quatre-vingts pour cent des transactions. Cette position, jugée essentielle pour l’autonomie stratégique, a été réaffirmée récemment par le président de la République. Il a souligné que la maîtrise des systèmes de paiement constituait un pilier fondamental de l’indépendance économique, garantissant la sécurité et la continuité des échanges. Un appel a été lancé aux institutions financières pour qu’elles s’appuient sur ce modèle ouvert et collaboratif.
Malgré une circulation de soixante-dix-sept millions de cartes, l’écosystème CB a enregistré un recul ces dernières années. Cette érosion est attribuable à la concurrence accrue des réseaux Visa et Mastercard, ainsi qu’à l’essor des paiements par mobile. Certains établissements bancaires ont même commercialisé des cartes exclusivement estampillées Visa, délaissant le co-badage traditionnel qui associe la marque française à une enseigne internationale.
Une légère inversion de tendance a toutefois été observée au second semestre 2025, avec une remontée de la part de marché à 63,6%. Plusieurs facteurs expliquent ce rebond, notamment le retour annoncé des cartes co-badgées au sein du groupe BPCE et l’intégration du réseau CB à la plateforme Apple Pay. Cette dynamique positive se poursuivrait actuellement avec l’arrimage des services Samsung Pay et Google Pay, et l’arrivée prochaine de Wero Pay.
Ce dernier projet, porté par l’initiative européenne EPI, vise à créer une solution de virement transfrontalier de compte à compte. Son intégration au réseau CB a pour ambition de couvrir l’ensemble des usages des clients à l’échelle du continent, y compris le règlement de factures, afin de s’imposer comme un outil indispensable.
Cette consolidation des moyens de paiement européens intervient dans un contexte de développement parallèle de l’euro numérique de détail, une version dématérialisée de la monnaie fiduciaire attendue pour 2029. Soutenu par la Banque centrale européenne, ce projet est parfois perçu avec une certaine réserve par les acteurs privés, qui y voient une concurrence potentielle pour leurs propres infrastructures. La direction du GIE CB a indiqué que ce nouvel instrument serait intégré le moment venu, mais qu’il ne constituait pas sa priorité immédiate.
L’enjeu, selon l’exécutif, est historique. Il s’agit de saisir l’opportunité offerte par ces évolutions pour renforcer la souveraineté monétaire européenne, en articulant de manière cohérente et résiliente les infrastructures existantes – cartes, virements, espèces – avec les futures innovations. La réussite de cette ambition suppose une collaboration étroite entre les banques centrales, les États et les opérateurs financiers.
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