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Le Pakistan face au paradoxe des transitions de genre

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Malgré une reconnaissance légale acquise en 2018, les interventions chirurgicales de réassignation demeurent largement marginalisées dans la société pakistanaise, contraignant les personnes transgenres à recourir à des pratiques clandestines.

La légalisation des opérations de transition n’a pas suffi à lever les barrières sociales et culturelles qui entravent l’accès aux soins médicaux spécialisés. Dans un contexte où la majorité musulmane conserve des positions traditionalistes, les personnes transgenres se heurtent à une forte réprobation morale, les obligeant à s’orienter vers des solutions précaires et onéreuses. Les professionnels de santé qualifiés demeurent rares, et beaucoup exercent dans la clandestinité pour éviter les jugements et les pressions communautaires.

Les témoignages recueillis illustrent les difficultés concrètes auxquelles sont confrontées ces personnes. Une jeune femme transgenre évoque ainsi une intervention réalisée en secret, suivie d’un renvoi accéléré de l’établissement hospitalier par crainte de réactions hostiles. D’autres décrivent des parcours semés d’obstacles financiers et familiaux, certains ayant dû renoncer à leur emploi ou affronter des menaces de la part de leurs proches. Les structures publiques, bien que tenues par la loi d’offrir ces services, opposent souvent un refus fondé sur des arguments religieux.

Malgré l’existence historique d’une troisième catégorie de genre, les « khawaja sira », et l’adoption d’un texte visant à renforcer leurs droits, les personnes transgenres subissent toujours des discriminations persistantes. Cette loi, saluée à l’international, fait l’objet de vives contestations judiciaires de la part de mouvements conservateurs, qui y voient une entorse aux normes islamiques. Des voix s’élèvent également pour dénoncer une recrudescence des violences à l’encontre de cette communauté, avec plusieurs cas d’agressions mortelles recensés ces dernières années.

Pourtant, au-delà des épreuves, des parcours individuels témoignent d’une résilience remarquable. Certains affirment avoir surmonté stigmatisation et précarité pour accéder à une existence plus conforme à leur identité. Le sentiment de fierté et d’accomplissement personnel domine souvent, malgré les risques encourus et le poids des traditions. Ces récits mettent en lumière un lent mouvement d’affirmation, encore fragile, au sein d’une société tiraillée entre modernité juridique et conservatisme social.

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