Planète
Le nord du Nigeria en pleine crise écologique : quand la nature se meurt
Autrefois terre d’abondance, la région d’Argungu voit aujourd’hui ses écosystèmes s’effondrer sous l’effet combiné du réchauffement climatique et des pressions humaines.
Les rives du fleuve Sokoto, autrefois foisonnantes de vie, racontent désormais une histoire de déclin. Les hippopotames ont disparu, les pélicans ne font plus escale lors de leurs migrations, et les coquillages utilisés pour les cosmétiques traditionnels se font rares. Les récits des anciens, qui évoquent une époque où les poissons tombaient littéralement des arbres, semblent appartenir à un autre monde.
La rivière Matan Fada, cœur économique et culturel de la région, se réduit comme peau de chagrin. Les températures avoisinant les 40°C accélèrent l’évaporation, tandis que les précipitations se font plus irrégulières. Les oiseaux migrateurs, privés de leur nourriture, délaissent ces haltes autrefois indispensables. Pour les pêcheurs locaux, le constat est amer : certaines espèces ont purement et simplement disparu, et les prises diminuent d’année en année.
L’explosion démographique aggrave la situation. La demande en bois de chauffage a conduit à une déforestation massive, faisant reculer la savane au profit de terres arides. Les arbres fruitiers comme les dattiers ou les karités se raréfient, tandis que l’agriculture intensive puise sans retenue dans les ressources en eau. Les sols, lessivés par des pratiques culturales inadaptées, perdent en fertilité.
Les conséquences sur les populations sont dramatiques. Les récoltes de millet ont chuté de près de 40 %, poussant les agriculteurs à se tourner vers des cultures de survie comme la canne à sucre. Le spectre de la famine plane : selon les projections, un Nigérian sur sept pourrait bientôt souffrir de malnutrition aiguë.
Face à ce désastre annoncé, certaines mesures émergent. L’émir d’Argungu a instauré des quotas de pêche pour préserver les stocks restants, une décision impopulaire mais nécessaire. Les scientifiques alertent sur l’urgence de restaurer les écosystèmes, soulignant que l’Afrique, bien que faible émettrice de CO₂, paie le prix fort du dérèglement climatique.
Dans ce combat contre la désertification, le temps presse. Sans action concertée, c’est tout un mode de vie, forgé au fil des siècles autour des caprices de la rivière, qui risque de s’éteindre à jamais.
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